SCENE V
ANAIS, FADINARD, EMILE, en costume d'officier.
La porte s'ouvre ; on voit en dehors une dame sans chapeau et un officier.
ANAIS, à Emile.
Non, monsieur Emile... je vous en prie...
EMILE
Entrez, madame, ne craignez rien. (Ils entrent.)
FADINARD, à part.
La dame au chapeau et son Africain !.., Sapristi !
ANAIS, troublée.
Emile, pas de scandale !
EMILE
Soyez tranquille !... je suis votre cavalier... (A Fadinard.) Vous ne comptiez pas nous revoir si tôt, monsieur ?.,.
FADINARD, avcc un sourîre forcé.
Certainement... votre visite me flatte beaucoup... mais j'avoue qu'en ce moment... (A part.) Qu'est-ce qu'ils me veulent ?...
EMILE, brusquement.
Offrez donc un siège à madame.
FADiNARD, avançant un fauteuil.
Ah I pardon... Madame désire s'asseoir ?... je ne savais pas... (A part.) Et ma noce que j'attends... {Anaïs s'assoit.)
EMILE, s'asseyant à droite.
Vous avez un cheval qui marche bien, monsieur.
FADINARD.
Pas mal... Vous êtes bien bon... Est-ce que vous l'avez suivi à pied ?
EMILE
Du tout, monsieur: j'ai fait monter mon brosseur derrière votre voiture...
FADINARD.
Ah ! bah !... Si j'avais su !... (A part.) J'avais mon fouet...
EMILE, durement.
Si vous aviez su ?...
FADINARD.
Je l'aurais prié de monter dedans... (A part.) Ah ! mais... il m'agace, l'Africain !
ANAIS.
Emile, le temps se passe, abrégeons cette visite.
Je suis tout à fait de l'avis de madame... abrégeons... (A part.) J'attends ma noce.
EMILE
Monsieur, vous auriez grand besoin de quelques leçons de savoir-vivre.
FADINARD, Offeusé.
Lieutenant ! (Emile se lève. Plus calme.) J'ai fait mes classes.
EMILE
Vous nous avez quittés fort impoliment dans le bois de Vincennes.
FADINARD.
J'étais pressé.
EMILE
Et vous avez laissé tomber par mégarde, sans doute... cette petite pièce de monnaie...
FADINARD, la prenant.
Vingt sous !... tiens ! c'était vingt sous !... Eh bien, je m'en doutais... {Fouillant à sa poche.) C'est une erreur... je suis fâché que vous ayez pris la peine... {Lui offrant une pièce d'or.) Voilà !