ACTE I, SCÈNE IV
SCOPETTO.
Comme vous dites... Il m'a pris de bonne heure près de lui^ m'a élevé dans son état^ et me Ta laissé...
SCIPION
Florissant?
BCOPETTO.
Non ! des affaires diablement embrouillées... et après lui, quoique bien jeune encore, je me suis trouvé le chef... de la maison de commerce... bien plus, le chef de la famille... car j'ai une sœur, dont j'ai été longtemps séparé... et que j'ai enfin prise avec moi... jurant de l'établir un jour, et de la doter comme une duchesse... ce que je ferai dès que j'am'ai refait ma fortune.. « Voilà mon histoire... Et la vôtre?
8CIP10N.
N'est pas longue... le ne suis pas si heureux que vous... Je n'ai jamais connu mon père, un grand seigneur, dont ma mère nâ prononçait jamais le nom... car elle avait été trompée et délaissée pai* lui... Et moi, enfant du peuple, pauvre lazza* roue, je fus élevé, comme ils le sont tous, aux rayons du so* leil napolitain, courant pieds nus sur la grève, maniant la rame et aidant le pêcheur de la côte. Je devins moi-même matelot, soldat, et, après cinq ans de service et quatre blessures « nommé commandant d'une tartane, avec cent piastres par an de traitement...
Tant que cela !.. Ah! si je vous avais connu plus tôt, je vous aurais associé à mon commerce, qui offre bien d'autres (ihances, et demande parfois un marin expérimenté... C'est égal , capitaine Scipion, nous sommes du même âge, vous êtes brave, vous n'avez rien, vous me convenez... et quand j'aime les gens, je me charge de leur foilune... Je veux tous marier,
SCIPION, étonné.
Moi!
SCOPETTO.
Voyez ! Oui ou non !
sclPIO^^ Je dirais oui , si déjà je n'étais pas amoureux d'une jeune fille qui, comme moi, n'a rien !
SCOPETTO.
C'est ddHrcnt !
i36 LA SIRÈNE.
SCIPION
Je raime depuis mon enfance!... C'est pour elle que je me suis fait soldat... et je lui ai promis de Tépouser à mon retour !
SCOPETTO.
Dès qu'il y a serment... c'est juste... N'en parlons plus... (se levaut de table.) Vous retournez donc de ce pas?...
SCIPION^ se levant auasi.
A Naples !
SCOPETTO^ souriant.
Pour la revoir?...
SCIPION
Et pour un rapport que j'ai à faire au roi !
SCOPETTO.
Vous y capitaine !... et comment cela ?
SCIPIOM.
Vous avez entendu parler du fameux Marco Tempesta, le contrebandier ?
SCOPETTO.
Sans doute !... Il n'y a que lui qui imprime tm peu d*acti« vite au commerce !
scn>ioN.
Et aux douaniers 9 qui le donnent au diable !
SCOPETTO.
En revanche ^ il est adoré de la population des Abruzzes !
SCIPION
Je le crois bien ! il supprime les impôts !
SCOPETTO.
Ce qui lui permet de vendre à moitié prix des rubans et des étofies pour les femmes^ et pour les hommes^ du rhum^ du tabac et de la poudre !
SClPlON.
Aussi c'est à qui lui achètera !... Et il a fait de si bonnes affaires que^ satisfait de sa foilune^ il voulait, dit-on, quitter le pays, se faire banquier à Gênes ou à Marseille, et finir en honnête honune !
Gomme tant d'autres !
SCIPION
Aussi venait-il d'embarquer ses trésors et ses marchandises, et une partie de ses compagnons, sous la conduite de son lieu-