‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 90 sur 276 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DE DUC, SCOPETTO.

LE DUC, assis, à Scopetto qui est resté debout deTtol llii.

Que viens-tu faire dans ce pays?

SCOPETTO.

J'y demeure. Excellence].. J'ai pris depuis quelque temps «ine espèce d'auberge dans la montagne!

LE DUC

Et en fait de voyageurs^ qm di^le peut loger chei toi!... des imbéciles!

SCOPETTO.

Plût au ciel! mon auberge serait pleine ^ et elle est vide... aussi, j'ai envie de changer d'état... Vous savez que j'ai toujours eu du goût pour les arts?

LE DUC

Oui, à }'bôtel, c'était à ne pas s'entendre... tu raclais de la guitare! comme Figaro... Enchanté de te renconti-er!... tu avais quelquefois des idées... Je dois donner demain à toute la cour une fête dans mon palais de la Pescara, et je n'ai jamais été mieux servi que pendant le temps où tu étais de ma maison.

SCOPETTO.

Et moi, je n'ai eu d'esprit que pendant ce temps-là... n paraît que c'est contagieu;ttet que ça se gagne... •

Lfi DUC, avec bonbomie.

Alors, tu es un sot de m'avoir quitté!.

Et le moyen de refitm* en place!... il n'y a que vous, Ifonscigneur, qui possédiez-co talent-là... La fixité, c'est le génie!... Mais nous autres pauvres diables, jouets de tous les vents!

LE DOC, senriftBt.

Il est de fait que tu n'es guère resté à mon service... à peine un mois !

AGTI^ î^ SCÈNE VIII. 148

SCOPETTO.

Plus 9 Monseigneur l

LE DUC

Non pas... je possède toute» les dates... C'était quelcpic temps avant le tour que nou9 a joué ce damné Marco Tempesta!

SCOPETTO.

C'est juste!

LE DUC

Lorsque^ sous le roiJoachim^ jelui ai saisi pour soixante mille francs de marchandises anglaises que j'ai fait brûler!

SCOPETTO.

Et pour lesquelles il osait demander une indemnité.

LE DUC

Que j'ai refusée!

SCOPETTO.

Et qu'il a eu l'insolence de vous faire payer!

LE DUC, riant.

Oui, parUeul toute mon argenterie qu*il m'a enlevée... et avec une audace... Ce dîner superbe donné à l'ambassadeur de France... Un supplément de domestiques... vingt-cinq gaillards de bonne mine*..

SCOPBTTO, riaaft auiii.

Belles livrées !

LE DIIC9 de même.

Belle tenue... c'était un détachement .de sabanil^.

SCOPETTO. I

Au moinsy a-t41 fait les choses en règle... et la quittance de ses marchandises brûlées qu'il vous a envoyée î

LE DUC

Oui> la plaisanterie était b^uj... Ça tie l'empêchera pas d'être pendu^ si je le prends! ^

sdj^TTo.

Et vous le prendrez ! ^^

LE DUC

Parbleu! j'en ai reçu l'ordre... et de plu«, cinq cent mille piastres, provenant de la dtfnière pri^ 'faîte sur lui... Le roi m'ordonne de les employer à la^ capture ^ Maico Tempesta^ et à l'extinction de sa bande! ^

SCOPETTO.

Ah! les cinq cent mille piastres sont à votre disposition?

144 tA S1RÈN£«

LE DUC

Chez moi... dans mon palais de la Pescara! /

SCOPETTO.

Et d'aujourdlnii vous entrez en campagne?

LE DUC

Non pas!... (voyant Scopetto qui onvra sa tabatière, Q y prend du ta-

tee tout en causant.) Autre chose encore... car c'est le jour aux aventures... (s*arrètant.) Sais-tu que tu as là un tabac délicieux et bien supérieur au mien!...

SCOPETTO.

Je vais vous dire pourquoi!... c'est que vous, gouverneur de cette province, vous vous adressez à la manufacture royale!

LE DUC

Sans doute!

SCOPETTO.

Et nous autres, pauvres diables, à la contrebande... c'est moins cher et méUleur !

LE^UC

C'est parbleu vrai!... (a demi voix.) 11 faudra que tu te charges de faire ma provision !

SCOPETTO. ,

Volontiers, Excellence. . . Mai'co Tempesta est facile et accom- i modant... et en le faisant pendre, vous ferez bien du tort au pays.

LE DUC, prenant une seconde prise.

Que m'importe! le devoir avant tout!

SCOPETTO.

Gomme vous dites!... Mais l'aventure dont parlait Votre Excellence?...

LE DUC

C'était hier, au bal de la prii3|£esse Aldobrandini, que je dois recevoir demain chez u^^ un beau masque m'a donné rendez-vous aujourd'hui ai^Pesbytëi% de la montagne, pour un secret important!

SCOPETTO.

Quelque bonne fortune!

LE DUC, aTee fatuité.

Cela m'en a l'air!...

SCOPETTO.

Je ne sais comment Votre Excellence peut suffire à tant d'intrigues!

▲GTE l, SCJSNS yjii. 145

LE DUC

Ah! nous autres hommes d'État... Mais mes instants sont comptés... et je trouve qu'on me fait bien attendre! (En ce

moment, on jette par la fenêtre une lettre attachée à une pierre.)

SCOPETTO^ ramassant la lettre.

Votre Excellence n'a qu'à parler pour être obéi! (lisant l'adresse.) a A monsieur le duc de Popoli, gouverneur des « Abruzzes. d

LE DCC^ souriant.

Ah! ah! Lis-moi cela^ Scopetto... car depuis que la mode nous oblige à avoir la vue basse^ c'est gênant en diable!... La signature d'abord... Il n'y en a pas, sans doute?

SCOPETTO, qui a ooTert la lettre.

Si vraiment! Signé : la Sirène.

r LE DUC.

La sirène!... cette nympheinvisible... cette voixmystérieusc... Moi qui ai toujours adoré la musique... Je t'écoute, Scopetto!

SCOPETTO, lisant.

. « Monseigneur, votre frère aîné, Odoard de Popoli, déses- « pérant de séduire une jeune fille des Abruzzes, Maria Ver- « gani, dont il était amoureux, voulut la tremper par un « faux mailage.

LE DUC, se balançant sur son fuitenil.

Eh bien ! qu'est-ce que cela me fait !

SCOPETTO, continuant.

« Le ûipon auquel il s'adressa, honnête homme par spécu- « lation, amena, sans lui en rien dire, un vrai prêtre, de vrais « témoins... et cet acte, bien en forme, dont la mort l'a em- « pêchéde profiter... je l'ai retrouvé... il est dans mes mains.

LE DUC

Qu'estrce à dke?

SCOPETTO, coOHttnant.

« Si je le publie... en quelque lieu qu'existent Maria Vergani « OU les siens, ils viendront vous redemander le titre du %uc a de PopoU et sa fortune, qu'on estime, dit-on, à plusieurs « millions de piastres.

LE DUC, a?ee eolère.

Permettez! permettez!...

SCOPETTO, oontinnant

« Nous pouvons nous entendre à meilleur marché, sans « compter le titre qui vous restera.

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