‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 115 sur 211 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MADELAINE, LÉOPOLD, BERNAVILLE, DUBUÎSSON.

ENSEMBLE

Air : Réveillons, réveillons V amour et, les belles! {Xiovx^o noir.) ' L'amitié, Tamitiô sous ses douces chaînes.

Tous les mois^ tous les mois yient nous réunir.

LÊOPOLD, seul.

Dissipant les craintes soudaines.

Dont chaque jour peut s*obscurcir, L*amitié console nos peines...

L'amitié les change eu plaisir!..

ENSEMBLE

Qu'entre nous tout soit de moitié!

Vive la joie et l'amitié!

Voilà de l'exactitude... nous rencontrer tous les trois presque à la porte du restaurant.

DUBUISSON

Nous autres financiers nous sommes exacts en tout.

BERNÂYILLB.

. Quand il est six heures et que tu as faiml..

DUBUISSON

C'est vrai, monsieur l'avocat. Et vous?

DERNAVILLB.

L'appdtit de la basoche... aiTamë comme un clerc d'avoué... j'ai plaidé ce matin.

DUBUISSON

Ah hab !

LÉOPOLD

Vivat! tuas gagné?..

BERNAVILLE.

J'ai perdu... aussi je marchais avec humeur rêvant à l'arrêt du tribunal que je maudi>sais, lorsque j'entends derrière moi s'avancer un monsieur qui fredonnait entre ses dents :

LÉOPOLD, cliantant.

« Ah! quel plaisir d'être avocat!... »

(Parlant.) C'était mol!., tiavailiant de mon état ^ travaillant

en marchant, en causant, en dormant! travaillant partout.., excepté à table... La belle Madelon se dispose-t-elle à servir?

ftfAD£LAlNE.

On n'attend plus que votre autre ami, M. de Mailly.

BERNAVILLE.

Notre diplomate ! qui vient lotijouré le dernier...

DOBUISSON.

Ai^ourd'hui il ne viendra pas du tout

LÉOPOLD

Pas possible!

BEHNATILLE*

C'est la première fois qu'un de nous quatre manquerait au rendez-vous.

fiUBUISSON.

Il est passd ce matin au b^ireau de mon agertt de change pour m'en prévenir; il est oblige de dîner aujourd'hui chez son chi'f dedivii>ionr.. de qui dépend l'avancement et les gratifications.

BERNAVILLE.

C'est diflérent!

LÉOPOLD

Non, c'est mal ! il fallait envoyer promener le chef de division... et SCS gratifications. Mui , j'aurais refusé!

DUBUISSON

Toi, auteur de vaudevilles, qui ne calcules pas; mais lui!.. un diplomate!

C'est vrai! il faut bien qu'il s'cxorce, qu'il apprenne...

DUBUISSOiN.

Et il commence... en acceptant, malgré lui, lediâerde son chef...

BERNAVILLE.

Qui ne vaudra pas le nôtre!

LÉOPOLD

Vous avez raison : il est plus à plaindre qu'à blâmer..» et puis en air.iiié, il faut de Tindulgcnce... A table donc!

MADKLAINE.

El le dîner qui est commaiulé pour quatre?

EEUNAVILLK,

}e mangerai pour deus^,

AGT£ I^ SGSN£ fV. 174

DOBUISSON.

Q'tsi Q» que nous appelons une balance de cûmpte« Air : Vn homme pour faire un tabkttu*

BEtlNATtLlfe.

Je prétends que chacun ici.

Grâce à moa «ppéUt terrible,

De Tabsence de outre ami,

S'aperçoive le rao'kQS poAiUDle.

DLBDISSO.N* Joli moyen!

BERNAVILLE.

Sans contredit.

DUBLISSON.

L'erreur à ton calcul préside.

(niant.)

Tu veux combler un déficit, Et tu Va^ augmenter le vidé.

LËOPOLD.

Bravo!., comme c'est banquier! Quant à moi, je ne voudrais pas vous presser, mais il est bientôt six heures, et j'ai ce soir une première représentation où je voudrais bien vouj» conduire.

BERNAVILLE.

C'est de droit... notre place est au parterre.

MAnELAINE, bas, ft Léopold.

Élos-vous content, MousieiM: ? Avcz-vous de Tespoirt ça vat-il bien?

LÉOPOLD. de même.

Pas trop ! j'ai grandpeur ! la répétition a été mal...

IUt)ELA!NE, tic même.

C'est votre faute î... pourquoi que vous ne mettez pas làdedans... des choses drôles... des mots bien spirituels... il est peut-être encore temps d'en larder quelques-uns.

LËOPOLD.

Elle est étonnante celle-là!., elle croit que ça se pique comme une perdi'ix et qu'on est toujours en train... à jeun surtout.

UADELAINE, loi montrant U soupière qu'on gftn^on vient d*apportfr«

Le potage est servi!

TOUS TROIS^ allont s'asseoir,

C'est bien heureux !^,

LÉOPOLD, à Madelaine qui veut «nlerer le quatrième eouvcrt.

Non! n'enlève point ce couvert... notre ami absent sera toujours là avec nous...

BERNAYILLE.

C'est juste ! la première santé sera pour lui!

DUBUISSON^ à Léopold.

Commence par remplir son veire.

BERNAYILLE.

Dont je me nomme le tuteur!

LÊOPOLD.

A notre ami de Mailly!

DUDUISSON ET BERNAYILLE.

A Tamitié ! (Cbaeun des trois vide son irerre, et BeraavUU, après aroir ba le sien, boit celui de de Mailly.)

LÉOPOLD, regardant Barnaville.

Diable!., voilà un tuteur QJcle et intègre...

DCRUISSON.

Qui ne laisse rien perdre et soigne son pupille !

Et pendant que nous buvons aux absents , parlons de nos écus ! comment les affaires ont-elles été ce mois-ci?

BERNAYILLE.

Pas trop bien... il ne m'est arrivé qu'une seule cause qui était belle, qui était juste , et qu'en honneur je n'ai pas trop mal plaidée... je le crois^ du moins.

LÉOPOLD

Et moi j'en suis sûr.

BERNAYILLE.

Il Y avait surtout une tirade sur l'Espagne... ma cliente est Espagnole.

DUBUiSSON.

Une Andalouse?

LÉOPOLD, chantant.

« Avez-vous vu dans Barcelone

a Une Andalouse au toiul bruni?... »

BERNAYILLE.

Eh non ! Espagnole par son père, mais née à Paris... fortune superbe... une veuve!., un grand nom... ça me lançait!

DUBUISSON

Ta cliente n'a donc pas été voir ses juges?

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