‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 127 sur 211 · LÉOPOLD, MALVINA · texte numérisé non relu

LÉOPOLD, MALVINA

MALVINA, entrant du fond.

Ah! c'est adorable > original!., voilà un frontin d'un nouveau genre!

LËOPOLD.

Qu'y a-t-il donc de si amusant?

• MALVINA

Là spéculation gagne l'anlichambre! Lucien, ton groom, m'arrête dans la première piè^.ce pour me prier de lui faire avoir du nouvel emprunt ; il ne m'aurait pas laissée passer que je ne lui eusse donné un mot de recommandation pour Dubuisson... Eh bien, mon auteur^ cela ne te fait pas rire?

LÉOPOLD

Non! je ne suis pas en train.

MALVINA

Tu étais bien plus gai quand tu ne faisais que des vaudevilles; depuis que tu vises aux Français et à la comédie en cinq actes tu te crois grave... et tu n'es que mausade. C'est ta pièce de ce soir qui t'inquiète?

LEOPOLD

Cela et autre chose.

MALVINA

Sois donc tranquille : je joue dedans ! tu réussiras , je ne t'Ai jamais trompé... en fait de pièces... je viens répéter mon rôle avec toi î

LÉOPOLD

Cela ne lerapas ncal... car tu l'as pris tout de travers, (n va

s'asseoir à son bureau.}

MALVINA

Suite de ta mauvaise liuniour qui t'empêche de voir juste; mais pour t'dgayer, te réjouir, l'épanouir, je viens t'annoncer la nouvelle la plus folle et la plus sérieuse, la plus natiu'elk et la plus absurde, dont je me soucie le moins et qui m'intéresse le plus...

LÉOPOLD, assis ft gauche.

Eb! achève donc!

Tu seras le premier à qui j'en ferai part, paixe que tu es un ancien ami... et qu'avec moiramitic, la reconnaissance... tu sais... c'est sacré!

LÉOPOLD

Malvina, si tu voulais abréger?

MALVINA

Oui... il y a des longueurs, n'est-ce pas?., comme dans ta pièce. Voyons, ne te fâche pas. Tu sais qu'au théâtre Je tiens les grandes ingénues...

LÉOPOLD

On ne s'en douterait guère à la ville.

MALVINA

Air : Ses yeux disaient tout le contraire.

Tu ue crois pas à mes talents.

Et par toi je suis méconnue; Mars, elle-mêrae, en son bon temps.

Ne jouait pas mieux l'ingénue !

A mes yeux baissés et muets La' moitié de la salle entière Me prend pour une Agnès!..

LËOPOLD.

Oui... mais, L'autre moitié sait le contraire. >

La moitié peut s'y tromper, mais L'autre moitié sait le contraire.

MALVINAy le menaçant da doigt.

Mon auteur, je vous revaudrai cela... EnQn, daas mon emploi on se mai*ic toujours... et moi tu connais mon château en Espagne, mon rêve...

Oui, de mon temps déjà, tu avais la manie de vouloir être épousée !

MALVINA

Un heau mariage s'entend... cela vous place dans le monde, cela vous cliange de théâtre, et puis cela fait enrager toutes les camarades que l'on va applaudir aux premières loges ^ avec une rivière de diamants... EnGn je m'étais dit qutî ce serait... et quand je veux quelque ctiose, tu me connais...

▲GTS II, SGÈ17E m, 103

LÉOPOLD

Tu y renonces peu.

MALVINÀ.

Jamais! eh bien, mon cher, je me marie.

LÉOPOLD

En vente?

VALVINA.

J'aurais peut-être préfe'ré une altesse, ou une excellence; mais faute de mieux je me rabats sur la banque : j'épouse ton ami Dubuisson.

LÉOPOLC.

Par exemple !

MALVINA, s'asseyaut à droite.

Ah! je savais bien que je te ferais sortir de ta langueur, de ta torpeur... ci de ta mauvaise humeur! te voilà enchanté!

LÉOPOLD

Dis stupéfait, ébahi!..

MALVINA

Tu as peur que je ne joue pas ta pièce? rassure-toi : ce sera ma dernière création, je te le promets... Tamitié avant tout!

LÉOPOLD , se levant.

C'est pour cela que je ne dois pas laisser faire à Dubuisson une pareille folie.

MALVINA, gravement.

Une folie, Monsieur?

LÉOPOLD

Que j'empêcherai... parce qu'enfin...

MALVINA, gaiement.

Je t'en défie !

LÉOPOLD

Je p^'lerai à sa raison.

MALVINA, 5e levant.

11 n'en a pas!., avec moi... (D'un air câUn.) Et puis, Léopold, ce serait un manque de délicatesse, un mauvais procédé pour moi, qui suis ton amie depuis longtemps, tu le sais... et l'amilié des femmes est bien plus sûre, crois^moi, que celle des hommes! nous ferons d'abord obtenir ce soir à ta pièce un succès d'enthousiasme... la moitié de la salle est louée d'avance par Dubuisson.

194 AIKITIÉI..

LÉOPOLD

Est-il possible? ce cher ami î Je lui pardonne alors dû ne pas venir dîner avec moi !

MALVINA

Il a invité hier des journalistes influents qui doivent élever jusqu'aux nues l'auteur et l'ouvrage... je te dirai même en confidence, si tu n'en abuses pas, que je vais porter de sa part un article composé par lui... lui-même... un article piquant et spirituel.

LÉOPOLD

En vérité ?

MALVINA

Tu vois qu'il sort de ses habitudes et qu'il fait pour loi l'impossible! ne va donc pas Tinquie'ter, le troubler dans son bonheur... je dirai plus, dans un devoir... il ft un fils...

LÉOPOLD

Tu crois?

MALVINA

Certainement, Félirien! un fils auquel ce naariage donne un nom, une fortune, une position; et moi, en revanche, je jouerai ta pièce dans la perfection. Je serai gracieuse, natu^» relie, timide, ingénue... tout ce que tu voudras... Tu es séduit, attendri, tu te rends... et je ne te demande plus maintenant qu'une petite tirade à effet à ajouter dans mon rôle, (Elu vt •«

bureau.)

LËOPOLD.

Tu parlais de coupures.

Dans le rôle des autres ; mais le mien est réellement sacrifié, et quarante à cinquante vers de plus...

LÉOPOLD

D'ici à ce soir, c'est impossible!

MALVINA

Eh bien alors, mon cher, mon bon Léopold... retranche seuletnent à la grande coquette ces trois ou quatre mots ({Ui sont dans notre scène... quatre mots ! c'est bien peu de chose.. ,

LÉOPOLD

Ils font tous quatre de Teiret, ils font rire aux éclats.

MALVINA

Précisément! je n'aime pas qu'on rie quand je suif en scène. Cela me trouble... et je deviens mauvailei

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