SCÈNE V
LOISA^ ASTYANAX^ aoeonrant par la droite , et mettant sa main sur la boaclie de Loîsa, tout en détournant la tête pour voir s'il n'est pas poursuivi.
ASTYANAX
Taisez-vous !.. taisez-vous !..
LOÏSA
Astyanax!
9fl4 HSLOÏSE ET ABAILABD.
A8TTÂAAX.
Oni^Loîsa!
LOlSA.
Je pensais à vous... à l'instant...
ASTYAXAX.
Et moi tonjonrs? Cest votre idée qui me fait franchir les obstacl(*srt enjamber les murs... comme ààns l'Amant jnUmx, un opéra-comique en trois actes... Vous ue le connai^^scz pas?
LOÎSA.
Non^ Traîmcnt.
ASTTANiX.
C'est trës-joli! Mais comment êles-vous à Florence?
LOÎSA.
Je n'en sais rien. Et vous ?
ASTTANAX.
C'est une histoire qui commence au moment où je tous ai quittée. Quand vous n'avez plus été là... je yous avouerai franchemeut qu'en descendant les quatre étages ^ la peur m'a pris.
LOÏSA
Ça commençait déjà au haut de l'escalier..,
ASTYANAX
C'est possible... Je voyais toujours notre Italien avec un stylet... parce que. les Italiens et les stylets... la nuit, sous un balcon... c'est de rigueur... comme dans tous les opéras !.. Je me disais : il me retrouvera... il me tendra quelque embûche pizzicato, en sourdine... et puisqu'aussi bien je devais partir pour Rome. . je suis parti la nuit même... moitié à pied... moitié... en rôvant à vous, ô Lona!... ce qui ne m'empêcha pas d'avoir une affreuse courbature en ari ivatit à Bologne... où je pris forcément une place dans le coupé de la diligence. Je ne vous parlerai pas d'une jeune dame... qui, pendant les vingt dernières lieues, y monta près de moi... Elle était charmante... mais votre souvenir était là en tiers^ et je me disais :
(Fredonnant.)
Vainement Almalde encore
Veut m'enchaiuer pur ses attraits...
C'est de M. Grétry, dans la Caravane,., des gens qui voyagent... avec des chameaux... c'est trèi'^joli! Et en allant ce malin, comme tous les étrangers^ au palais Pitti, qu'est-ce que je
AGTS 11^ 8GiR£ T. 995
rencontre?/, un de nos camarades de Milan et du Conservatoire... le prentier prix de clarinette, qui me dit : « Tu ne sais pas? — Non, vraiment! —Ta petite servante de Milan... ta passion est ici, à Florence. — Ah bah 1 »
LOÏSA
J'dtais arrivée hier...
ASTYANAX
Avant moi?..
LOISA
En poste.
ASTtANAX. .
Moi en diligence, ça s'explique!.. Et Tautre... le premier prix de clarinette... me raconta comme quoi il vous avait aperçue en un beau carrosse... avec un monsieur en. noir... qu'alors il vous avait suivie au lisque de s'essouffler... parce qu'il n'y a rien de curieux et d'indiscret comme les clarinettes... et qu'il vous avait vue entrer au couvent de la Visitation où vous étiez restée.
Et vous êtes accouru...
ASTTANAX.
A la grille^ qu'on m'a fermée au nez. « Les hommes n^entrent pas ! )»
LOÏSA
Et alors?..
Alors...
ASTTANAX.
Air : Xtse, epous' V heau Gemanee.
Avec audace, je passe Par-dessus une terrasse; Puis je passe, d'uu pied sûr^ Par-dessus ud premier mur; Puis, par dessus une porte Je m'élance, et, d'un seul coup...
(Loîsa fait un geste d'effroi, et Astyanax continue avec exaltation.) L*amour, quand il nous emporte.
Fait passer par-dessus tout !
LOÏSA
Ah ! que c'est bien à vous !
Et puiS; j'avais de bonnes nouvelles à vous annoncer!.. D'abord, en arrivant à l'hôtel des Muses... un petit hôtel borgne, où je suis descendu, l'aubergiste, qui lisait le journal, s^est interrompu pour me demander mon nom, et quand j'ai eu dit : Astyanax Robichon... il m'a regardé avec un étonnement mêlé d'admiration... Il y a là quelque chose... (Se frappant le front.) Je l'ai toujours dit, le cachet du génie... Même effet à la douane... *oii je réclamais les miens... mes effets... tous les yeux étaient fixés sur moi ! Mais voilà le plus prodigieux et le plus heureux... je trouve en rentrant à l'hôtel deux lettres... Tune du directeur de la Pergola, qui était venu en mon absence... il ne veut laisser à personne l'honneur de mon premier début... et m'offre vingt mille francs...
LOÎSAy stupéfaite.
Pas possible !
ASTYANAX
C'est ce que je me suis dit : comment aurait-il déjà entendu parler de mon opéra du Passage de la mer Rouge, dont un acte seulement est fini...
LOÏSA
Par voCre ami... le premier prix de clarinette...
ASTYANAX
C'est évident! je n'y avais point pensé... Mais ce n'est pas tout... la supérieure du couvent des Carmélites me demande, pour ce soir à ténèbres, unecavatine... une seule cavatine de moi, dit -elle, et elle m'offre trois mille francs comptant... ma foi, j'irai !
LOÏSA
En vérité!
ASTYANAX
Je lui porterai l'air de Pharaon au milieu de la mer, avec accompagnement de chœurs, un chœur de poissons rouges !
LOÏSA
C'est admirable! trois mille francs un morceau de musique, composé par vous?
ASTYANAX
Et il y en aura vingt-trois dans mon opéra ! sans compter l'ouverture et les entr'actes ! Quand je te disais que la fortune m'attendait au bout du chemin, et voilà qu'elle m'arrive au