‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 130 sur 446 · RODOLPHE, THÉRÈSE · texte numérisé non relu

RODOLPHE, THÉRÈSE

THÉRÈSE

Mon frère! mon frère!

RODOLPHE, brusquement.

Qu'est-ce que c'est? Tu viens encore me déranger ?

THÉRÈSE

La ! Ne vas-tu pas me gronder? je viens t'avertir que le déjeuner est prêt.

RODLPHE, de même.

Je ne puis dans ce moment; je suis à travailler. Mais toi, rien ne t'empêche...

THÉRÈSE

Non pas, j'aime bien mieux attendre ; car je n'ai pas d'appétit quand nous ne déjeunons pas ensemble.

RODOLPHE

Vraiment? (s*adoucigsant )Je te demande pardon, Thérèse', de t'avoir brusquée tout à l'henre ; j'étais occupé.

THÉRÈSE

Oh 1 je le vois bien, et beaucoup; car vous n'avez seulement pas songé à m'embrasser.

RODOLPHE

Tu crois ?

THÉRÈSE

Sans doute; (Tendant la joue.) et puisque vous êtes pressé, dépêchez-vous. (Rodolphe Tembrasse.) Eh bien! ne semble-t-îl pas qu'il me fait une grâce ?

RODOLPHE, yÎTement

Moi! oh! non, certainement; mais vois-tu, Thérèse...

THÉRÈSE, lui faisant signe de la main.

C'est bien ; c'est bien, Monsieur, que je ne vous dérange pas à votre travail. Tiens, je m'en vais prendi'e le mien; et pendant que tu écriras, je broderai auprès de toi sans faire de

bruit. (Elle \a chercher une chaise de l'autre c6té du théâtre , et la place

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uiirèt d« U table où Rodolphe ert occupé à éerire.) De sorte que DOUS

serons chacun à notre ouvrage^ sans cesser d'être ensemble.

BODOLPBE, à part.

Et comment renoncer à ce bonheur^ à cette douce intimité^

(Se mettant à écrire sans la regarder.) Qu'est-ce que tU fais là?

THÉRÉSB.

Une cravate brodée pour toi. (Se leTant et s'appoyant sur le dos du

fauteuil de Rodolphe.) Et Yous^ Monsieur, toujours dans vos livres à parties doubles. Voilà-t-U des colonnes de chiffres!

RODOLPHB.

Oui. J'établis mon compte, et celui de ce bon Antoine^ mon

associé.

THÉRÈSE

Mon ami, sommes-nous bien riches?

RODOLPHE

Juges-en toi-même. Nous avons pour notre part plus de cent mille francs; moi qui, il y a quelques années, n'avais pas un sou vaillant : et quand je pense que c'est à Antoine que je dois tout cela !

THRRÉSË.

n serait possible!

RODOLPHK.

C'est lui qui, dans l'origine, m'a prêté de l'argent, m'a associé à ses bénéfices; c'est lui qui, par ses soins et sa prudence, a doublé Ici nos capitaux , tandis que je les exposais sur mer.

TflÉRÉSE.

Oui, tu as toujours été pour les entreprises et les aventures.

RODOLPHE

Que trop! car il y a quelques années, j'avais voulu , contre ses avis, tenter à moi seul une expédition qui avait complètement échoué; j'étais ruiné. Antoine vint me trouver, m'apporta sa part, me força d'en prendie la moitié. Il fallut bien accepter, quitte à lui rendre plus tard; et c'est ce que je fais aujourd'hui, à son insu. Mais, excepté cela, tu sais bien que depuis je n'ai rien fait sans le consulter.

THÉRÈSE

Et tu as bien raison. Ce brave monsieur Antoine ! quel excellent cœur ! Depuis que je sais cela^ je vais Taimer encore plus qu'auparavant.

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RODOLPHE

Tu laimes donc beaucoup?

THÉRÈSE

Sans doute; et lui aussi, il me le dit du moins à chaque instant.

RODOLPHE, se levant.

Comment! il te le dit? je ne m'en suis cependant pas aperçu.

Je crois bien; quand vous êtes ici, vous ne parlée que de commerce et de spéculations... mais quand nous sommes tous deux ou avec Louise, sa sœur, il est si bon et si aimable !

RODOLPHE, à part.

Use pourrait! lui, Antoine, mon ami! s'il est vrai...

THÉRÈSE

Eh bien! qu'as-tu donc?

RODOLPHE

Rien, (a part.) Qu'àllais-je faire? soupçonner mon bienfaiteur! Pauvre Antoine! qui n'a p<mr nous deux qu'une amitié de frère! lien est d'autres plus redoutables! et cette lettre..*

- THÉRâ«E.

Rodolphe, d'où vient le trouble où je te vois, et quel est ce papier?

RODOLPHE

Il vous concerne autant que moi ; c'est de monsieur Mullen ce jeune officier que plusieurs fois nous avons rencontré à la promenade.

THÉRÈSE

Ah ! mon Dieu! celui à qui tu as cherché querelle, et avec qui tu voulais te battre, parce que quelquefois il m'avait regardée.

RODOLPHE, aftc amertume.

J'avais peut-être tort. Voilà qu'aujourd'hui il vous demande en mariage.

THÉRÈSE, avec joie.

Moi, en mariage! quel bonheur! je craignais que ce ne fût un cai-tel. Tu lui répondras, n'est-ce pas? et bien honnêtement.

RODOLPHE

Que luidirai-je?

THÉRÈSE

Qu'il nous fait bien de l'honneur; mais quo je ne veux pas me marier, que je veux toujours rester avec toi,

280 RODOLPHE

RODOLPHE

n serait vrai?

THÉRÈSE

Eh bien ! est-ce que cela t'étonne? Toi qui paries , n'as-tu pas déjà refusé plusieurs fois de riclies partis? tu ne me Tas pas dit^ mais je l'ai su. Eh bien ! je veux suivre ton exemple; nous sommes si heureux! pourquoi changer? Un frère et une sœur qui s'aiment bien^ il n'y a rien de plus doux au monde. Tous les ménages que je vois ont des querelles, des disputes; nous, jamais; non; ce que veut l'un de nous est toujours ce que l'autre désire; de sorte qu'aucun n'obéit, et pourtant nous commandons tous deux.

RODOLPHE

Oui, oui, Thérèse, tu as raison , je crois que je suis bien heureux.

THÉRÈSE, avec joie.

Oui, n'est-ce pas, je tiens bien ton ménage? tu es content de moi?

RODOLPHE

Oui, Thérèse, oui, ma bonne sœur.

Dame! je mets le. plus d'économie que je peux ; mais c'est toi qui dépenses toujours ; à chaque instant des robes nouvelles, des fichus que tu achètes pour moi ; aussi le dimanche, quand tu me donnes le bras , et que nous nous promenons ensemble, en passant près de nous , on dit souvent à voix basse : a Voilà un joli couple ! )> Je ne fais pas semblant de comprendre; mais cela me fait plaisir, et je te serre le bras pour te dire : Entends-tu ?

RODOLPHE

Oui, morbleu! je n'entends que trop bien, surtout quand il 7 a des jeimes gens comme monsieur MuUer. Mais n'en parlons plus; je vais lui envoyer ta réponse, et si tu savais combien elle m'a fait plaisir; si je te disais, Thérèse, pour quelle raison... Hein! qui vient déjà nous déranger ?

THÉRÈSE

C'est notre ami Antoine.

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