SCÈNE X
Les précédents, MADEMOISELLE DESROCHES.
MADEMOISELLE DESROGHES , tenant à la main une guirlande de fleurs.
J*ai fini toutes mes emplettes, et j'espère que sur ma tête cette guirlande de roses mousseuses sera de fort bon goût.
JUSTINE
Eh! mon Dieu, Mademoiselle, pourquoi donc tous ces apprêts?
MADEIfOISELLE DESROCHES, avec expansion.
Tu ne sais donc pas, ma chère Justine ? je l'ai revu, je l'ai rencontré.
JUSTINE
Qui? le jeune homme dont vous me parliez ce matin?
MADEMOISELLE DESROCHÈS.
Tantôt, à sept heurss, sans que personne le sache, il viendra nous prendre toutes deux, pour nous conduire en voiture au spectacle.
JUSTINE
AH ! que vous êtes heureuse !
POUDRET, qui pendant ce temps a serré la serviette et les affaires à barbe
dans une petite armoire.
C'est ça, pendant que W. Dtsrocbes joue chez le voisin la partie de bostQU.
MADEMOISELLE DESKOCHES*
Va vite t'occuper de ma toilette; mais le plus important, ce serait d'abord la coiffure. U faudrait avoir quelqu'un*
56 LE GOIPF£aA ET LE PERRUQUIER.
POUDRET^ B^avançant.
Voici, Mademoiselle.
MADEMOISELLE DESBOGHBS.
Gomment, mon cher Poudret...
POUDRET, retroussant ses mandies.
Je dis que je suis à la disposition de Mademoiselle ; et si elle veut bien se confier à moi, je vais lui faire un tapé et un pouf dont elle me dira des nouyelles. Vous Terrez si tantôt, au spectacle, vous ne fixez pas tous les regards.
MADEMOISELLE DESROCHES
Je TOUS remercie, mon cher Poudret; dans la semaine, dans les jours ordinaires, je ne dis pas ; mais dans une occasion comme celle-ci...
POUDRET.
Ck)mment! Madenioiselle, moi qui vous coiffe depuis Tingtcinq ans ! moi qui tous ai crêpée dès l'âge le plus tendre !
Air de Turenne,
Rappelez-Tous combien, par ma science.
Vous étiez jolie autrefois.
(à Justine, montrant mademoiselle Desroches.) Je crois la voir au temps de ion enfance. Le premier jour où, soumis à mes lois. Son jeune front se courba sous mes doigts :
Quelle coiffure à la Fontange I
Trente épingles (lans le chignon !
Elle souffrait comme un démon ;
Elle était belle comme un ange.
MADEMOISELLE DESROCHES
Vous avez raison, Poudret; c'était bon autrefois; mais je VOUS demande si une dame à la mode peut maintenant se faire coifier par vous? Regardez seulement votre boutique et votre enseigne.
POUDRET.
Qu'est-H^e qu'elle a donc, mon enseigne? depuis trente ans elle est toiyours la même : Poudret, perruquier. Ici on fait la queue aux idées des personnes. Ce qui veut dire ad libifum, à volonté ! J'irais à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qu'on ne m'en ferait pas une plus claire, quand même elle serait eu latin.