‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 255 sur 446 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

URSULE, seule, près droite table, tenant une lettre à la nain.

Conçoit-on une aventure pareille? Ce vieux baron de Saint- Clair, dont je viens d'apprendre la passion ! et comment? par son testament. (Eiie ut.) « Je n'ai d'autre parent qu'un arrièreci neveu, que je n'ai jamais vu, et dont je ne me soucie guère; « c'est donc à vous que je veux laisser toute ma fortune, à « vous, Madame, que j'ai toujours aimée, quoique je n'ai ja- <i mais osé vous le dire; mais j'espère qu'aujourd'hui vous « me pardonnerez cette petite hardiesse, en pensant que ce « sera la dernière. » Je ne reviens pas de ma surprise, car je connaissais foil peu le baron; j'ai passé deux étés avec lui chez une de mes tantes ; c'était un vieillard fort ennuyeux, un conteur éternel que personne n'écoutait, excepté moi, qui l'avais pris en patience; et c'est l'attention que je lui ai prêtée qui mé rapporte quinze ou vingt mille livres de rentes.

. Aie : Qu'il est flatteur d'ipousêr celle.

Ah ! si, dans notre capitale.

Les ennuyeux qu'on peut trouver

108 LA HAINE d'une FEMME.

Nous payaient, en raison égale.

De l'ennui qQ*Us font éprouver; Que d*aYOcats, que de poètes, A payer seraient condamnés!

Et surtout, combien de gazettes Enrichiraient leurs'abonnés !

Mais puis-je accepter un pareil présent? Puis-je enleyer cette succession à des malheureux, qui peut-être en ont besoin? moi qui, veuve à vingt ans, jouis déjà d'une fortune considérable... Non, non, il n'y a point à hésiter, je dois y renoncer^ et je vais Técrii'e sur-le-cbamp à mon notaire, (se mettant à une table, et écrîTant.) « Monsieur, j'ignore quels sont les héritiers du « baron de Saint-Clair; je vous prie de fâcher de les découa vrir, et de leur annoncer qu'étant nommée légataire uni- « verselle, je renonce en leur faveur... » Non, ce n'est pas bien ; ce serait faire parler de moi, et solliciter des éloges pour

une action toute naturelle. (Elle déchire le papier, et se remet à écrire.)

. « Annoncez-leur l'héritage auquel ils ont droit, mais ne pardi lez pas de moi, et ne me nommez en aucune façon. )> Cola vaut mieux, et même, par prudence, je me tairai sur cette aventiu*e, car je suis dans ce château avec cinq ou six dames, dés amies intimes, qui ne m'épargneraient pas Lces dames ne croient pas aux déclarations d'amour posthumes.

Air du Ménage du garçon, ,

Gomme on rirait de par la ville, D*nn amant comme celui-ci.

Qui fait l'amour par codicille !

Et me croyant bien avec lui.

On pourrait ajouter aussi :

Que vraiment digne de louange.

Il a, par un motif fort bon.

Fait ce testament en écliange De quelque autre donation.

(Elle sonne, on domestique parait.)

James, il faut faire porter cette lettre à Paris; c'est l'affaire d'une demi-heure. C'est pour M. Deiibrt, mon notaire. (Le domestique sort.) Eh! mon Dieu! qui vient déjà au salon? C'est ce i»nn M. Philippon? un savant! celui-là n'est, pas dangereux.

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