SCÈNE vni
.URSULE^ affectant rinsouciance.
Vous trouvez? c'est sitiguliér! Je ne sais pas, moi, je ne l'aimerais i$8lèl)ëaucbup; mais oiï ne péuf pas disputer' dés goûts.
4ULIËTTE.
Permettez, je ne dis pas du tout que ce soit un phénix.
HÀLVmA.
Ni moi non -plus.
tJASULE.
A la bonne heure; car vous. Mesdemoiselles, qui d'ordinaire avez tant de jugement...
JULIETTE
D'abord, son éducation a ëté très-négligée ; il ne sait pas une note de musique.
MALYINÂ.
Et n'a jamais dansé par princl{)es.
^uLmrrfe.
Souvent même il vous marche sur les pieds.
URSULE, riant.
Je dois convenir en effet que sa danse n'est pas très-romantique ; (Sérieusement.) et puis, cc u'est pas poûr cti difc du mal, car ce n'est pas sa faute, mais enfin il n'a aucune fortune.
MALVINA
C'est vrai; je ne pensais pas à cela; et puisqu'il est question de lui, j'ai envie de voiï^ faire une confidence et de vous demande!* Uh conseil. *
URSULE
Ehî mon Dieu! qu'est-ce donc?
■■ * ' MALVthA.
Apprenez, comme je suis l'aînée, que mon père m'a dit tout à l'heure de bien examiner si j'aimais M. Léon, parce que si je n'en veux pas pour iriari, on le donnera à ma sœur.
JULIETTE
Eh bien! voilà qui est aimable. Je vous préviens, ma chère, que vous pouvez le gardej^ : je fa*eh veux pas.
Eh bienj Mademoiselle, ni moi non plus. D'ailleurs, je crois qtie M. Augilkte, un jeune notaire, më fait la cour, é\ qu'il a des intentions.
JULIETTE
Raison de plus; si ma sœur fait un beau mariage, si elle
124 LA HAINE d'une FSMME.
épouse M. Auguste, qui a de la fortune, à coup sûr, je n'épouserai pas M. Léon, qui u'a rien : ça serait dédioir.
Air de l'Écu de six francê.
Ma sœur aurait un équipage Et brillerait par ses atours; Loin de souffrir un tel partage, Au célibat Youant mes jours.
J'aimerais mieux que, pour toujours.
Chacune de nous restât fille.
MALVINA, effrayée.
Quoi ! rester filles toutes deux.
JULIETTE
Oui, vraiment... si c'est ennuyeux.
Du moins on s'ennuie en famille.
Je m'en rapporte à Madame.
. MALYINA.
Et moi aussi.
URSULE
Dès qu'il s'agit d'un sujet aussi important, je n'ai point de conseils à vous donner.
JULIETTE
C'est égal, je suis sûre que vous êtes de mon avis, car je me rappelle, la manière dont vous me parliez de M. Léon.
MALVINA
Eh ! mon Dieu! ma sœur, je l'aperçois dans la grande allée; il vient de ce côté : jo ne veux pas qu'il me voie.
URSULE
Ni moi non plus. Faites comme vous Tentendrez; je n'y suis
pour lien. (Malvina sort par le fond, et Ursule par la porte à gauche.)