‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 267 sur 446 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

JULIETTE

Je pense qu'elles sont à leur toilette ; mais écoutez-moi, Léon, j*ai à vous parler d'une affaire importante : j'ai appris qu'on voulait nous marier.

LÉON

Que dites-vous? nous marier!

JULIETTE

Eh! oui; c'est l'intention de mon père, de toute la famille : on veut que vous épousiez moi ou ma sœur. Est-ce que vous ne saviez pas?

Du tout : en voici la première nouvelle.

^ JULIETTE

Est-ce étonnant qu'il ne soit pas prévenu ! Eh bien ! écoutez-moi. Nous avons été élevés ensemble; nous nous aimons d'amitié : je pense alors qu'il faut nous expliquer sans façons et sans détours.

LÉON

Vous avez raison.

JULIETTE

Je vous avouerai avec franchise que ce mariage-là me contrarierait beaucoup.

LÉON

Eh bien ! et moi aussi.

JULIETTE, étonnée.

Gomment! Monsieur...

LÉON

Puisque nous avons promis de tout dire.

JULIETTE

C'est égal, ce n'est pas bien à vous ; moi qui comptais que vous alliez être fâché.

Air de Turenne.

. Ne fût-ce que par politesse.

LÉON

J*ai dû céder aux lois que^vous dictez;

Mais que tous font mes vœux et ma tendresse.

Vous qui tous les jours ne voyez

Que trop d'hommages à vos pieds.

JULIETTE

Quoiqu'on en ait d'assez amples récoltes.

126 LA HAINE d'une FEMBffB.

Lorsque Ton dit : Ne m'aimez plus jamais, On prétend bien qu*on obéira... mais Oh compte un- ^ea sur les révoltes.

LÉON

Eh bien ! j'obéis en murmurant.

JULIETTE

A la bonne heure. Apprenez' llbnc un grand secret : ma sœur aime M. Auguste^ un îeiine notaire, qui n'est pas trèsbeau ; mais sa charge est payée, aussi je crois que le jeune homme ne voudra pas. '

LÉON

Au contraire, Auguste en est amoureux. Gomme il sait que je suis bien avec votre père, il m'avait prié dé lui parler de son amour pour mademoiselle Malvina; je lui en ai bien dit quelques mots la seinainé dernière, mais nous étions à la chasse : je trouverai iine meilleure occasion. Achevez votre confidence. M'auriez-vous pas aussi quelques projets?

JDLIETTE, sérieusement.

Du tout, Monsieur; une jeifne personne à marier ne choisit pas : elle attend. J'aimerai celui que mes parents me donneront; bien entendu qu'il aura une belle fortune, ou un état dans le nionde : parce qu'enfin vous, Léoii, vous êtes bien aimable, mais vous n'avez rien.

C'est ma foi vrai! voici la première fois que j'y pense. Cest d'abord un obstacle, mais il y en a bien d'autres : apprenez que je suis amoureux, et depuis bien longtemps^

MJLiÉrrE.

Comment ! il se pourrait?

LÉON, lui faisant signe de se taire.

Chut! vous éted la première personne à qui j'en aie parlé.

JULIETTE

La première, bien vrai? plions, c'est une consolation, et il est toujours agréable d'être la première dans un secret. Eh bien! Monsieur?

LÉON

Je l'aime depuis que j'existe, depuis que je nie connais; j'étais encore âii lycée.

JULIETTE

Voyez un peu comme oh est ^vancé dans les pensions de jeunes gens. •

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