SCÈNE XVI
URSULE
Eh bien! par exemple! ne voulez-vous pas Fépouser?
JULIETTE
Pourquoi pas, puisqu'il en était question? Mais c'est qu'il y a déjà des obstacles : on dit que M. de Clairval, le maître du château, va lui donner sa fille.
URSULE
Il se pourrait?
JULIETTE
Et ce n'est pas bien à lui, ce n'est pas délicat, parce qu'enfin mes parents avaient des vues antérieures; et puis il y a encore ma sœur Malvina qui me donne des inquiétudes... Certainement, elle aurait bien épousé M. Auguste, niais elle ne l'aime pas beaucoup; et maintenant, à cause des nouvelles idées... vous comprenez : elle pourrait revenir.
URSULE
Allons, elles veulent toutes l'épouser à présent !
JULIETTE
Mais, si vous êtes assez bonne pour me seconder, je crois qu'on peut faire manquer tous ces mariages-là»
URSULE, vivement.
Vraiment? Eh! mon Dieu! ma chère amie, je serai charmée de vous rendre sei^ice ; mais par quels moyens? Je suis si peu au fait de tout ce qui arrive !
JULIETTE
Ohl je vais vous donner des détails; vous sentez bien que je me suis informée. D'abord, c'est un vieux baron, M. de Saint- Clair.
URSULE
Que dites-vous? le baron de Saint-Clair? celui qui vient de mourir?
JULIETTE
Oui, Madame; c'est lui qui donne toute sa fortune à Léon; c'est-à-dire il la lui donne, c'est malgré lui , et sans le vouloir, parce qu'il en avait disposé par testament en faveur d'une autre personne; mais cette personne, qu'on ne nonune pas, et qui même ne veut pas être nommée, renonce généreusement à la succession : alors eller^vienVà Léon, qui, quoique arrière-cousin, se trouve, dit-on, le seul héritier, et alors...
URSULE
Ah! que je suis heureuse!
i36 LA HAINE d'une FEMME.
jcjlietie:.
Eb bien! qu avez-vous donc?
URSULE
Rassurez-vous^ je ferai manquer le mariage.
JULIETTE
Il se pomTait? Dieu ! que vous êtes bonne !
' URSULE
Non, pas tant que vous croyez. Mais comment savez-vous tout cela?
JULIETTE
Par M. Derfort, un notaii-e.
URSULE
Mon homme d'affaires.
JULIETTE
II arrive de Paiis pour annoncer cette bonne nouvelle ; et Léon va se trouver maître de toute la fortune^ dès que la renonciation sera signée.
URSULE
Grâce au ciel, elle ne Test pas encore, (se mettant à table t
droite, et écrivant.)
JULIETTE
Que faites-vous donc ?
C'est l'affaire d'un instant. (Écrirant.) Tenez, ma chère amie, ayez la bonté de porter ceci à M. Derfort, le notaire ; je pense que cela suffira.
JULIETTE
Quoi! Madame, vous croyez que ce papier empêchera le mariage de mademoiselle de Clairval?
URSULE
Oui, certes.
JULIETTE
Oh! que je suis contente! Tenez, voici M. Philippon, je vous laisse avec lui, et je reviens à l'instant. (Elle sort par le fond.)