‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 308 sur 446 · SCÈNE xvri · texte numérisé non relu

SCÈNE xvri

VATEL , seul.

Oui, le dessein en est pris. Quand je récapitule mon existence depuis le premier chapitre jusqu'à la dernière page, il n'y a plus qu'une manière d'en finir, pour que la fin réponde au commencement. J'étais jeune encore quand la révolution est venue renverser toutes les fortunes et toutes les tables ; les premiers cuisiniers de Paris portèrent à l'étranger les trésors de la science et leurs plus belles inventions; la béchamel s'était réfugiée en Allemagne , et la fricassée de poulet était passée en Angleterre. Je voulus du moins que la capilotade de volaille restât à la France , et dans un temps subversif de tout principe, la cuisine fût la seule qui, grâce à moi, conservât les saines doctrines. J'illustrai le Directoire, que je lis surnommer le Lucullus des gouvernements. — On ne parle plus de ses actions; on parle encore de ses dîners. Et c'est loiî^qui'' j'allais être proclamé primus inter pares, c'est dans ce moment

Page 1