‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 399 sur 446 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

enfin ton cousin est parti depuis longtemps ; et tu me permettras de te dire qu'un pareil amour est un enfantillage.

EMMELINE

C'est ce qui vous trompe. Vous ne savez pas^ mon papa^ que les premières impressions ne s'oublient jamais, car on n'aime bien que la première fois; du moins ma tante Judith me Ta souvent répété , et je l'éprouve. Depuis le départ de Charles, je ne pense qu'à lui, je n'aime que lui; et ce qui me fait refuser tous les partis que vous me proposez, c'est d'abord la promesse que je lui ai faite ; et puis, dès qu'un jeune homme veut me faire la cour, je me dis : Quelle difiérence! ce n'est pas Charles, ce n'est pas lui!

PERVIÉRE.

Voyez-vous ce que c'est qu'une jeune tête! voilà maintenant son imagination qui a fait de M. Charles un héros de roman.

EMMELINE

Je ne le reverrai jamais sans votre aveu, sans votre consentement; mais jusque-là du moins, ne me forcez pas à en épouser un autre. Renvoyez ce M. de Rinville.

DERVIÉRB.

Y penses-tu? le fils d'un ancien ami! Non, Mademoiselle, vous avez beau dire et beau faire , aujourd'hui , je vous le répète, je montrerai du caractère, et je ne céderai pas.

Et tout à l'heure pourtant vous disiez que vous ne vouliez que mon bonheur.

Air : Ce que f éprouve en vous voyant.

Je suis si bien auprès de voas.

J'y vois tant de soins de me plaire.

Que le souvenir de mon père Ferait du tort à mon époux.

DERVIÈRE.

Il est, dit-on, aimable et tendre.

Pour son bon cœur il est cité.

EMMELINE

Fût-il un ange de bonté,

11 ne pourrait jamais me rendre

Ce que pour lui j^aurais quitté.

DERVIÀRE.

Oui, oui, tu veux me gagner.

i86 LES PRElTfiRlS AMOURS.

Oh! mon Dieu , non i mais je sens bien que cela influe sur ma santé.

DBRTIÉRB.

Qu'est-ce que tu me dis là?

■MMBLINI.

Deftuls hier, j'ai la migraine ou la fièvre^ je ne sais 1^ quelle; mais ça me fait bien mal.

DRRV1BRB.

La fièvre! 11 se pourrait ! çt c'est moi qui en seraia cause!

SMMBtINB.

Oui, sans doute; je suis déjà changée, je l'ai bien vu; cela va augmenter de jour en jour; et puis quand vous m'aurez perdue, vous direz : « Ma pauvre fille ! ma pauvre Empadine, (( qui était si gentille ! >) Ùais il ne sera pli^ temps,

PfvRVIBRE.

Dieux! est-on malheureux d'avoir une fille unique! impossible de montrer du caractère. Emmeltn^, je t'en supplie, p§ va pas t'aviser d-être malade; j'écrirai à ce jeune honmif^x je vais lui écrire.

EMMBLIN^.

Ah! que voua êtes aimable! tenez, mon pc^pa^ là, tout 4^ suite.

DERVIÉRE, M nctttnt à table.

J'en conviens, morbleu! c'est bien malgré moi; allons^ j'écrirai ; mais c'est d'une impolitesse !

EMMELINE

Mais au contraire, c'est par honnêteté ; si je le refusais après l'avoir vu, ce serait blesser son amour-propre, et il aurait droit de se plaindre de nous; mais le renvoyer avant qu'il ne vienne, c'est plus honnête, et je suis sûre qu'il sera parfaitement content.

DERTIÂRE, à part.

Quel diable de raisonnement me fait-elle là? (nàut.) Apprenez, Mademoiselle, qu'il n'y a qu'un moyen; c'est d'en agir franchement avec lui. Je lui écrirai donc toute la vérité; mais ne croyez pas pour cela que je consente à votre mariage avec Charles.

Aussi, mon papa, je ne vous en parle pas, je ne vous en dis rien; mais de son côté, j'en suis sûre, Charles m'est reste fi-

scÈam iT. 487

dèle^ il ne peut tarder à revenir de ses voyages^ et alors nous verrons.

DERYIËRE.

Qu'est-ce que nous verrons?

EMMELINE

Je veux dire que vous verrez s'il vous convient poiir gendre. Mais voici votre lettre qui est finie. (Prenant la sonnette.) 11 faudrait l'envoyer tout de suftC;, tout de suite. Dieu! que c'est

bien écrit ! (EmmeUne sort.)

DERVIÈRE.

Tiens, es-tu satisfaite?

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