SCÈNE XII. 30H
RINVILLE.
Parlez, Monsieur.
CHARLES
N'est-il pas venu ici un nommé Zacharie, un capitaliste allemand?
RINYILLE.
Un usurier! il sort d'ici.
CHARLES
Voilà ce que je craignais; je ne sais pas comment il aura su l'adresse de mon oncle.
RINYILLE.
0 ciel! est-ce que vous seriez M. Charles? Charles Desroches?
Lui-même, qui, après huit ans de courses et d'erreurs, revient incognito, comme l'enfant prodigue, dans la maison paternelle de son oncle. J'espérais arriver ici avant qu'on ne se doutât de^rien; c'est pourquoi j'ai pris la patache, la poste de la petite propriété; je ne me suis même pas arrêté pour déjeuner en route , et cependant ce maudit Zacharie m'a encore devancé, et je suis sûr qu'il a prévenu contre moi Tesprit de toute ma famille.
RINV1LLE.
Nullement, il a seulement présenté une lettre de change que votre oncle a acquittée, et que voici, (n lui donne la lettre de
change.)
CHARLES
11 se pourrait! le bon oncle! oh ! oui! liens sacrés de la nature et du sang ! voilà justement ce que je me disais en route :
on a des parents ou on n'en a pas; (Montrant la lettre de change.)
c'est bien ma lettre de change; mais les autres, ses sœurs, car la famille est nombreuse.
RINVILLE.
M. Dervière ne veut pas les payer; il en a assez comme cela.
CHARLES
Déjà! Et qu'est-ce que mon oncle a dit de l'autre affaire, de la. grande? Il a dû être furieux?
RINVILLE.
Quoi donc?
306 LES PRE]^}|:i^g3 4M0URS.
Ce (pie j'çd fait à Besançon l'autre mois. J^^-çe gue yQ}^^ ne savez pas?
Rir<i VILLE.
Non^ sans doute ^ ni votre oncle non plus.
CHARLES
Vraiment! Alors i^*en dites rien; noiis pouypos f)0l|$ en retirer, parce que pour l'adresse et la persuasion, je suis là : j'ai de Tesprit naturel et de la lecture; Tai été élevé par m^ vieille tante Judith, qui m'a appris la littérature dans les romains et dans les comédies. 11 y a cin(] ou six manières d'attendrir les oncles et de les forcer à pardonner; pourvu qu'ils ne vous connaissent pas; par exemple, il ne faut pas être coniiu; c'est de rigueur ; et je ne sais comment me déguiser aux yeux de mon oncle.
RIN VILLE
VoulêK-vous un moyen!
CHARLES
Je ne demande pas mieux.
RINVILLB.
On attend aujourd'hui un prétendu^ M. de Rfnville, propriétaire des environs. Je s^is, de honne part, qu'il ne viendra pas, et qu'il n'est pas connu de votre famille.
CHARLES
Attendes I une idée! je vais passer pour lui.
RINVILLB.
C'est ce que j'allais vous dire.
Par exemple , la farce sera bonne, ça en fera une de plus; mais j'en ai déjà tant fait ! sans compter celles qu'on m'a fait faire. Mais, oserai-je vous demander. Monsieur, à qui ie suis redevable?.,.
RIN VILLE
Je suis neveu de votre oncle.
CHARLES
Vous êtes mon cousin? Ah ! c'est du côté de mon oncle Laverdure.
RINVILLE.
Précisément! mais service pour service. Quand vous allez être M. de Rinville, je vous prie de ne pas parler de moi à
èèÈJ^È xiit. itft
mon oncle; car nous sommés i>i'6tullés9 et il vient de me rénvoyef iè cfiéz lui.
CHARLES
Yraimentl vous avez donc fait aus^ des farce»!
RmVILLE.
Les mêmes que vous;
CIIARLBS^
Oh! diable! Alors c'est fameux! Il paraît que e'esl dans le sang. Touchez là ^ cousin^ et iNromettons-nous alliance mutuelle.
HniVILLB^ tni prenant la maint
Qu'est-ce que vous avez donc là, et quelle est cette bague?
CBARLES.
C'est d'autrefois^ dans le temps où j'étais simple et innocent; c'est un cadeau de ma cousine, un souvenir d'enfànee; et je suis sûr qu'elle a conservé le pareil.
RIMVILLC, la retirant de son doigt.
Gardez-votis alors de lé porter si vous ne voulez pas qu'elle vous reconnaisse.
CHAALBS.
C'est ma foi vrai, je n'y pensais pas.
RlMVlLfiB.
Pour plus de sûreté^ je k garde «ojourâ'bun
CHARLES
Tant que vous voudrez^ mon cousin.
RINVILLE.
Silence! c'est notre famille^ et je fie veux pa» qu'oo me voie. N'oubliez pas qu'on attendait M. de Rinville, le prétendu; ainsi laissez-les faire, et ne dites rien.
CHARLES
A la bûfine betire; è'est phis comitiaâe pcmr les finis CiONU
ginatiOQ. (RinviUe sort par la ports & droite.)