SCÈNE XVL
CHARLES, à part.
Alors, il n'y a pas moyen de la détacher, à moins de risquer le dernier aveu, (a çmmeime.) Voyez-vous, Mademoiselle, moi, j'ai beaucoup connu votre cousin Charles; je Tai vu dans mes voyages; un aimable cavalier, de la grâce,, de la sensibilité, peut-être trop, parce que son imagination exaltée par une éducation romanesque l'a entraîné, comme je vous le disais, dans des fredaines, toujours aimables, mais quelquefois trop fortes , et la dernière entre autres , dont j'ai été témoin.
EMMELINE
Que dites-vous? serait-ce cette aventure, dont ce matin on nous faisait un mystère ?
CHARLES
Précisément ; il n'a pas encore osé en parler à son oncle, ni à personne de la famille; et il ne sait même comment l'avouer; mais si vous daignez l'aider, et vous joindre à lui pour obtenir sa grâce...
EMMELINE
Parlez; que faut-il faire? Je veux tout savoir.
CHARLES, à part.
Dieu! l'excellente cousine! (Haut.) Vous saurez donc que Charles a connu à Besançon une jeune et jolie personne, nommée Paméla^ qui, de son état, était couturière.
EMHELII^E.
Comment, Monsieur ?
CHARLES
Elle exerçait la couture; mais elle n'y était pas née, elle était d'une excellente famille, une famille anglaise, que l'on ne connaît pas, et qui avait eu des malheurs.
EMMELINE
Dieu! qu'est-ce que j'apprends là?
Voir Charles et l'aimer fut pour elle l'effet d'un instant. Charles était vertueux, mais il était sensible, et Paméla ; dans son désespoir, voulait mettre fin à son existence. Déjà l'arme fatale était levée sur son sein ; c'était une paire de ciseaux que je crois voir encore, grands dieux! 11 fallait qu'elle fût unie à Charles, du qu'elle cessât d'exister.
EMMELINE
Eh bien ?
dt4 * LES PREMIÈRES AMOURS.
CHARLES
Eh bien ! elle existe encore.
EMMELINE
0 dell achevez^ Charles Taurait épousée!
CHARLES
Pour lui sauTer la Tie^ seulement.
EMMELINE
Grands dieux! il se pourrait! le monstre > le perfide! Mon père, mon père, où êtes-vous?
CHARLES
Prenez-garde, des ménagements ; il faudirait quelque moyen adroit pour lui dire...
EMMELIIIE«
Ne craignez rien. Mon père! ah! vous voilà.