SCÈNE VI
MADAME DE MARCILLY
Je souffre autant que lui; mais cependant la raison avant tout. Il sollicitait une place d'auditeiu* qu'il n*a pu obtenir : et vous, mon cher Villeblanche, qui êtes l'ami de la famille, le parrain d'Eugénie, vous conviendrez que je ne peux pas marier ma fille à un homme qui n'a point d'état.
M. DE VILLEBLANCHE
Si c'est là le motif.
MADAME DE MARCILLY
Mon Dieu, oui, sans cela...
M. DE VILLEBLANCHE
Vous n'avez point d'autres objections? là, bien vrai?
MADAME DE MARCILLY
Je VOUS le jure; un jeime homme charmant... une famille honorable.
M. DE VILLEBLANCHE
Eh bien! rassurez-vous, il est nommé.
MADAME DE MARCILLY
Gomment!
M. DE VILLEBLANCHE , tirant une lettre de sa poche.
Cette lettre du ministre me l'annonce : j'avais sollicité de mon côté ; mais je voulais qu'il n'apprît le succès que de vousmême... Eh bien! qu'avez-vous donc?
MADAME DE MARCILLY , TÎTement.
Ce que j'ai. Monsieur, ce que j'ai? c'est affreux! c'est indigne!, venir me surprendre! ne pas me dire tout de suite... c'est une trahison; et je suis d'une colère...
M. DE VILLEBLANCHE
Maintenant, c'est différent, vous y êtes réellement. Vous êtes fâchée contre vous-même de ce que tout à l'heure vous ne m'avez pas dit la vérité.
MADAME DE MARCILLY
Non, Monsieur, c'est contre vous, contre vous seul, dont les procédés offensants. . .
M. DE VILLEBLANCHE
Eh bien! à la bonne heure ; je suis un indigne, un coupable; mais pourquoi faut-il que Saint-Félix porte la peine de
mon crime ?
Air de la Robe et les Boites.
Que votre cœur à ses vœux soit propice ! Faire du bien est pour vous un besoin;
Et d'un moment d'bumeur ou d'injustice Qu'un étranger ne soit pa» le témoin.
U est un droit que pour moi je réclame : Quand il tous vient un caprice nouveau. Pour vos amis réservez-le^ Madame !
Car l'amitié porte aussi son bandeau.
MADAME DE MARGILLT^ à part.
Je ne sais plus que lui répondre.
H. DE VILLEBLANCHE
Allons, soyez bonne, aimable ; cela vous est si facile. Je Tais chercher Saint-Félix, et je l'envoie ici pour qu'il apprenne de vous-même que vous lui donnez votre fille; vous y consentez, n'est-<;e pas? et plus tard, dans un autre moment, dans un moment de fraiichise, vous me direz pourquoi vous ne vouliez pas les marier, car, jusqu'à présent, je vous déclare que vous ne m'en avez rien dit : je vais vous attendre au salon, (u sort
en la regardant.)