‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 433 sur 446 · MADAME DE MARCILLY, SAINT-FÉLIX · texte numérisé non relu

MADAME DE MARCILLY, SAINT-FÉLIX

(Saint-Félix entre par le fond , et ê^vnace d*un air timide.)

SAtîfT-FÉLlX, à part.

Je n'ose l'aborder^ je crains tant de lui déplaire!

MADAME DE MARGILI.Y*

Air du TaudeviUe de Partie carrée.

Au fond du cœur il m'en veut^ je le gage : Mon dévouement alors sera plus beau.

(a Saint-Félix.) (A part.)

Approchez-Yous. Il faut qu'on rencourage; D'ailleurs le trait est piquant et nouveau. Oui, d'aujourd'hui j'en fais TeipérieBoey Jusqu'à présent e'est le premier, je croi^ Qui m'ait parlé d'amour et de constance Sans que ce fût pour moi.

(Haut.) Eh bien! Monsieur^ vous vous plaignez beaucoup de moi, n'est-ce pas?

SAINT-FÉLIX

Ah! Madame, je ne me plains que de ma mauvaise fortune; mais si M. de Villeblanche ne m'a pas trompé, je n'ai pas encore perdu tout espoir de vous nommer ma mère.

MADAME DE MARCILLT, à part.

Nous y voilà; il n'y a pas manqué : n'importe, maintenant je dois m'attendre à tout. (Haut.) Je conviens que j'ai peut-être été un peu trop sévère; des raisons très-graves et que je ne puis confier à personne, m'avaient fait prendre une résolution que M. de Villeblanche n'approuve pas. J'avoue que moimême je regrettais de ne pas vous avoir pour gendre... (a part.) Ah! Dieu! quel mot! j'ai cru que je n'en Viendrais pas à bout.

SAINT-FÉLIX, avec ïnqii^étude.

Eh bien! Madame?

MADAME DE MARC1LLY

Eh bien ! Monsieur, je ne vous défends pas d'espâ'er ; et dans quelques mois je pourrai consentir...

SAINT-FÉLIX y TiTement.

Est-il bienTTdi? Ah! Madame, quelle bonté! ma yie entière ne suffira pas pour vous prouver toute ma reconnaissance; nous ne vous quitterons plus; votre fille et moi, nous disputerons de soins, d'égards, et nos enfants vous chériront.

MADAME DE MARCILLY, effrayée. À part.

Leurs enfants!... grand'mère!... ah! mon Dieu! je n'avais pas pensé à celui-là, je ne m'y ferai jamais.

SAINT-FÉLIX

Qu'avez-vous, Madame?

MADAME DE MARCILLY, troublée.

Rien, rien. Monsieur; je suis seulement fâchée que votre impatience interprète mes paroles... car enfin je n'ai consenti à rien, et je ne puis promettre.

SAINT-FÉLIX

Comment! ne m'avez-vous pas dit...

MADAME DE MARClLLY.

Oue je ne vous défendais pas d'espérer; mais je n'entrevoyais pas alors tous les obstacles. Il y en a d'insurmontables. (a part.) Grand'mère!... juste ciel!

SAINT-FÉLIX

Mais enfin. Madame, lesquels? vous ne pouvez me les cacher. Depuis que j'adore votre fille, je n'ai eu d'autre pensée que de vous complaire en tout. Je ne veux pas me faire valoir; mais les plus beaux établissements, les plus riches partis, j'ai tout refusé pour votre fille; et dernièrement encore, j'ai rompu avec mademoiselle de Sivray, dont mon père avait demandé la main pour moi.

MADAME DE MARCILLY, vivement.

Justement , Monsieur, c'est cela. Je ne voulais pas vous le dire, mais voilà un obstacle.

SAINT-FÉLIX

Quoi, Madame!

MADAME DE MARCILLY

Oui, Monsieur; une jeune personne charmante que votre abandon peut compromettre , un engagement antérieur, c'est sacré; et puis une famille estimable qui serait offensée, et qui ne me pardonnerait jamais.

SAINT-FÉLIX

Est-il possible! quand tout à l'heure encore...

Air de Marianne, J^ai cru^ diaprés les apparences^ Avoir votre coosentement.

MADAME DE MARCILLT.

J'en ignorais les conséquences^ Et je les comprends maintenant.

Je ne le puis^ je ne le doi; De refuser tout m'impose la loi.

SAIMT-FÉLIX.

Mais que dira mon protecteur^ Lui qui déjà croyait à mon bonheur?

MADAME DE MARCILLY

11 n'écoutera que moi seule ; Mais dites-lui bien aujourd'hui Que je puis tout faire pour lui, (a part.) Excepté d'être aïeule.

(Elle rentre dans son appartement.)

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