‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 56 sur 446 · SCÈNE m. i · texte numérisé non relu

SCÈNE m. i

FRANYAL.

Mais cette belle, Où donc est-elle?

Je veux la vo^r.

EDOUARD

Étes-TOiis malheureux!

Elle esft partie Pour Varsovie.

FRANYAL.

Cest très-f JLcheux.

ROSE f à part.

Non pas^ c^est trës-beureux.

FRANVAL

€e trait sent un peu la Gascogne.

ROSE, en montrant FranTal.

Je ne crains rien^ car le voilà Forcé de croire celui-là, Ou d'aller en Pologne.

EDOUARD

Ma chère Lucie, que je suis heureux de vous voir; mais descendre hier dans cet hôtel, sans m'en faire prévenir... si je Tavais su, je n'aurais pas été au bal de l'Opéra, quoiqu'il m'y soit aiTÎvé une aventure chai'raante. Une jeune dame que l'on allait enlevei' pour une autre, si je ne m'en étais mêlé .. 11 faut que je vous conte cette histoire-là.

LUCIE, d^un air suppliant.

Mon cousin ne la dites pas.

EDOUARD

Oh! ne craignez rien! elle peut se raconter, et puis, je vous en 4onne ma parole d'honneur, celle-là est vraie.

FRANVAL

Comment ! les autres ne l'étaient donc pas?

EDOUARD

Si vraiment, elles le sont toutes ; mais celle-là encore plus que les autres, (a Lucie.) Imaginez-vous... Mais qu'avez-vous? d'où vient cette tristesse ? vous ne savez donc pas que votre père consent à nous unir aujourd'hui même?

LUCIE

11 serait vrai?

EDOUARD

Oui, et il m'a promis que ce soir, après dîner , il signerait

180 LE MENTEUR VÉRIDIQUB.

notre contrat, à une seule condition, qu'il n'a pas voulu me dii'o, mais que vous devez connaître, n'est-il pas vrai?

LUCIE

Oui, et je crains que^éjà il ne soit plus en votre pouvoir de la remplir.

FRANVAL

Je crois du moins qu'il aura de la peine; mais je suis équitable, et je ne condamnerai pas sans preuves, bien persuadé, mon cher Édouai^d, que tu ne seras pas embaiTassé de m'en fournir d'ici à ce soir.

EDOUARD

11 parait qu'en province on parle par énigmes, car je n'y conçois rien; mais qu'importe? vous m'aimez, je vous aime; je suis si heureux de vous voir; depuis six mois que nous étions séparés...

FRANVAL

J "espère que tu as mis ce temps à profit, que tu t'es fait dès an is, des protecteurs. Tu ne nous parlais pas dans tes lettres de M. le comte de Saint-Marcel, le meilleur ami de ton père : eijl-ce que, par hasard tu ne le voyais plus?

EDOUARD

Si vraiment, tous les jours; une maison charmante, une f ji ime fort aimable; l'autre jour encore, j'ai fait une chanson [oiir elle, dont je devais aujourd'hui même lui porter la musique.

ROSE, à Lucie.

Ah ! mon Dieu, j'ai bien peur; Lolive, qui est à son service, me l'aurait dit.

EDOUARD

Ce bon M. de Saint-Marcel, il m'a servi chaudement, il avait pour moi mille bontés; et la preuve, c'est que j'ai dans ce moment-ci deux ou trois places à ma disposition; on m'offre la recette de Strasbourg, celle de Marseille...

FRANV.a.

Je préfère celte dernière, et je suis d'avis qu'aujom'd'hu même nous allions...

EDOUARD

Apaine arrivé, vous occuper déjà d'affaires; songeons un peu aux plaisirs de la capitale, j'en veux faire les honneiu's à ma jolie cousine. 11 y a une pièce nouvelle aux Français, j'ai

'' retenir une loge, ensuite il y a bal masque.

Page 1