SCÈNE vni, i
TOUS qui êtes un élève de votre père, vous qui avez du talei t, je n'oserai jamais...
CÉSAR
Laissez donc. Est-ce que vous croyez que je suis difficile? J'aime bien mieux la cuisine bourgeoise que la cuisine paternelle.
MANETTE
Dame ! je ferai de mon mieux. Mais dites-moi toujours ce que vous voudriez.
CÉSAR
Ce qui vous plaira.
MANETTE
Non, Monsieur! Je veux savoir ce que vous aimez mieux.
CÉSAR
Quelle bonté! quelle douceur! quelle femme j'aurais là? Eh bien! Manette... Cette pauvre fille, il ne faut pas lui demander quelque chose de bien difficile. Un miroton, une blanquette : les premiers éléments.
MANETTB.
N'est-ce que cela?
CÉSAR
Sans doute. Vous sentez bien que je n'irai pas vous demander des coulis, des friteaux, des mets diplomatiques; et, comme dit mon père, des puddings à la chipolata.
MANETTE
Gomment dites-vous?
CÉSAR
Pudding à la chipolata. C'est un gâteau anglais-italien, que papa voudrait servir à son dîner de grands seigneurs. Mais il a beau chercher, absent.
MANETTE
Eh bien! je serai plus habile que lui; je vous traiterai en grand seigneur, je vous en donnerai un.
CÉSAR
Comment ! Manette, vous savez ce que c'est?
MANETTE
Je me rapelle très-bien ce nom-là, pour n'avoir jamais pu le prononcer.
CÉSAR
Fudding à la chipolata.
158 TATEt;
MANETTE
Mais j'avais une tante qui possédait la recette. C'est ce qui lui valu d'être enlevée par un cuisinier anglais.
CÉSAR
Diable! s'il en est ainsi, ne dites ce secret-là à personne ! Je n'jai pas envie qu'on vous enlève avec la recette.
BIANETTE.
Oh! ne craignez rien, ça n'est pas diCQcile. Cependant, je ne pourrai guère le faire dans ma petite cuisine.
CÉSAR
Pourquoi pas ici? sur un fourneau particulier?
MANETTE
D'autant plus qu'il y a là tout ce qu'il faut.
Air : Dormez donc, mes chères amotifv;