SCÈNE XVII
VATEL, seul. -
Oui, le dessein en est pris. Quand je récapitule mon existence depuis le premier chapitre jusqu'à la dernière page, il n'y a plus qu'une manière d'en finir, pour que la fin réponde
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au commencement. Tétais jeune encore quand la révolution est venue renverser toutes les foHunes et loutes les tables; les premiers cuisiniers de Paris portèrent à l'étranger les trésors de la science et leurs plus belles inventions; la béchamel s'était réfugiée en Allemagne, et la fricassée de poulet est passée eu Angleterre. Je voulus du moins que la capilotade de volaille restât à la France, et que, dans un temps subversif de tout principe, la cuisine fût la seule qui, grâce à moi, conservât les saines doctrines. JlUustrai le Directoire, que je fis surnommer le LucuUus des gouvernements. — On ne parle plus de ses actions; on parle encore de ses dîners. Et c'est lorsque j'allais être proclamé primus inter pares, c'est dans ce moment qu'un revers imprévu vient détruire ma réputation, et ce n'est pas seulement dans ma patrie, c'est presque aux yeux de l'Europe que je vais recevoir un pareil affront; c'est en présence des ambassadeurs d'Espagne, de Suède, de Russie! Que diront les Suédois? Ah 1 cette journée-ci sera ma bataille de Pultawa I et j'y survivrais? Non, mon aïeul m'a tracé mon devoir, e,t pour moins que cela, jadis! Oui, je le vois, je l'entends; c'est lui qui me fait signe. (otant son chapeau.) Yatcl, mon aïcul, quc vcux-tu? tu m'appelles? Ne vous impatientez pas, mânes de mes aïeux, je suis à vous
dans la minute. (U va pour détacher son épée de sa ceinture ; en ce moment, on entend Laridon qui crie : Monsieur Vatel!)