SCÈNE XIV
GUSTAVE, GOURVILLË.
GOURVILLE, partant d'un élat de rire.
Ah! ah! le trait est impayable, et l'on ne ferait pas mieux dans la capitale.
GUSTAVE, qui est resté itnpéfail et la lettre à la main*
Comment! il se pourrait? Qu'est-ce que cela signifie
GOURVILLE
Que tu as trop tardé h te moquer d'elle, et que c'ost gUû
38 l'hériteère.'
qui se moque de toi. Mais c'est ta faute; je t'en avais prévenu. 11 n'y a rien d'incertain comme les conquêtes de province.
GUSTAVE
Je n'en puis revenir encore! Qui, moi, je serais sa dupe? Tant de ruse, tant de coquetterie !
GOURVILLE
Au bout du compte, vous n'avez rien à vous reprocher. Bien attaqué, bien défendu.
Air du Pot de fleurs.
Allons, mon cher, d'où vient cet air sinistre ? Toi qui déjà fus vainqueur tant de fois, De tes hauts faits le siècle tient registre ,
Et le livre de tes exploits , Livre où Tamour inscrit chaque conquête ,
Est déjà tellement complet.
Qu'on n'y pourra trouver un seul feuillet Pour y consigner ta défaite.
D'ailleurs, je te promets le secret.
GUSTAVE
Et que m'importent toutes les railleries dont on pourra m'accabler? elles ne sont rien auprès des tourments que je souffre; car il n'est plus temps de dissimuler, et je dois vous dire la vérité : oui, mon oncle, je l'aime compte un fou.
GOURVILLE
Que m'apprend&-tu là? quoi! cet amour que tu avais voulu feindre...
GUSTAVE
Je réprouvais réellement.
GOURVILLE
Et moi qui t'admirais!
GUSTAVE
Plaignez-moi plutôt; car, malgré la manière indigne dont elle m'a traité, je ne puig encore m'habituer à l'idée de renoncer à elle. Mon oncle, il faut que je la revoie, que je lui parle.
GOURVILLE
Puisqu'elle ne t'aime pas.
GUSTAVE
C'est égal.
GOURVILLE
Puisqu'elle en aime un autre.
GUSTAVE
C'est égal, mon oncle, je veux la revoir.
G0URV1I.LE.
Et moi, je ne le souffrirai pas; et si tu as totalement perdu la raison, j'en aurai pour nous deux. Qu'est-ce que cela signifie? aller encore t'exposer à ses railleries, à ses mépris; te rendre la fable de toute la société ! Allons donc, mon cher, de la fierté, du courage.
Oui, mon onde; oui mon bon oncle, je sens que vous me parlez en ami, en ami véritable. Tenez, faites de moi tout ce que vous voudrez; je me laisse conduire par vous; car, dans ce moment, je ne suis pas en état de remplir un parti.
GOURVILLE
k la bonne heure. Eh bien! il faut retourner h Paris.
GUSTAVE
Gomment! m'éloigner d'elle?
GOURVILLE
Ne vas-tu pas recommencer?
GUSTAVE
Non, mon oncle, non, je vous le promets; et demain ou après-demain au plus tard ...
GOURVILLE
Non pas , mais à l'instant même.
GUSTAVE
Et comment voulez-vous que je parte ainsi à Timproviste , quand rien n'est disposé?
GOURVILLE
Gène sera pas long. Holà! quelqu'un ! (Laflear entre.) Lafleur,
entre vite dans cet appartement, (n désigne la porte d*une chambre
i droite.) et fait, en cinq minutes, les malles et les paquets de
mou neveu. Je t'aiderai s'il le faut. (Lafleur entre dans la chambre de GustaTe.)
Mais une voiture?
GOURVILLE
N'ai-je pas ici une berline? je te la prêterai; n'ai-je pas mes gens? ils sont à ton service; crois, mon ami, que dès qu'il s'agit de ton repos et de ta tranquillité... Je ne te dis que ce' tu dois me connaître.
*> L'HÉRTTliMC*
GUSTAVE
Oui, mon onele^ mon excellent onde| c'est dans dès moments comme ceux-là qu'on est heureux d'avoir des parents. (S'aiseyaiii prà« de U Ubl« et éeriTant.)
GODRVUXB.
Eh hieii ! que fais-tu donc?
6USTÂVB«
Je lui ècrky mon oncle.
GOURVILLS.
Qu'est-ce que tu peux lui dire?
GUSTAVE
Je n'en sais rien, mais je lui écris,
GODRVILLE.
Et à quoi bon? polir essuyer de nouveaux refus? Car apprends tout ce que j'ai fait auprès d'elle en ta faveur; je voulais vous marier ensemble.
GUSTAVE, se releraat»
Il se pourrait?
GOURVILLB.
C'était ma seule idée, mon seul but; mais tous mes efforts ont été inutiles. Ainsi, je te le répète, nous n'avons plus rien à faire ici; poiu* notre honneur, il faut partir. Voici justement Lafleur avec tous tes effets. (Lafleur sort de la chambre de Gustave, et porte quelques paquets.) Eh bien! et le OhapeaU, et les
gants de mon neveu?
LAFLEUR
C'est que j'allais d'abord porter ces paquets.
GOUR VILLE, les prenant.
Donnez, donnez, je m'en charge; je vais les faire placer sur la voiture, eh même temps j'envoie chercher les chevaux; la poste est à cent pas d'ici, et dans dix minutes tu seras... nous serons sur la grande route, car je t'accompagnerai jusqu'à l'autre poste, pour plus de sûreté, (u sort.)