‹ ThéâtreChapitre 61 sur 251 · VICTOR, AUGUSTE, CAMILLE · texte numérisé non relu

VICTOR, AUGUSTE, CAMILLE

VICTOR

D a perdu la tête; et je tremble pour les ordonnances qu'il va écrire!

AUGUSTE

Laisse-le faire , et imite-nous ; nous ne sommes pas comme toi, nous ne sommes pas fiers; ton argent, c'est le nôtre; et nous en usons sans t'en demander la permission.

Mon argent?

CAMILLE

Eh oui, M. Ducros, notre propriétaire, ce riche bonnetier, avait besoin d'une enseigne , et il nous la paie cinq cents francs.

VICTOR

Moi, une enseigne! j'irais me déshonorer et avilir mes pin^ ceaux!

AUGUSTE

A qui en a-t-il donc? tout le monde a commencé par là; moi qui te parle, j'ai bien fait des contredanses, et, s'il le fallait, j'irais les jouer; en avant deux, chassez, croisez, et la queue du chat.

VICTOR

Tu as raison, c'est peut-être un amour-propre, une fierté déplacée, mais avec cette idée-là, ce serait plus fort que moi, il me serait impossible de rien faire.

AUGUSTE, passant à sa droite.

Eh bien! on ne te demande rien, c'est déjà fait : regarde ton tableau d'Elisabeth ; nous l'avons vendu cinq cents francs ; dans l'instant on va nous les apporter.

VICTOR

Quoi! ce tableau? ah! mon ami, il est dit que le malheur me poursuivra toujours; je l'ai vendu ce matin soixante francs à un brocanteur.

AUGUSTE

n se pourrait...

CAMILLE

Ah! mon Dieu, nous voilà ruinés.

sdiNE VI. 80

AUGUSTE

Aussi je te demande pourquoi te mêler de commerce, toi qui n'y entends rien; mais on t'a trompé, et nous ne souffrirons pas...

VICTOR

Non, mon ami, non; ma parole est donnée, et jamais je n'y manquerai.

CAMILLE

Auguste, il a raison.

AUGUSTE

Hélas ! oui ; et il n'y a rien à faire.

CAMILLE

Qu'à COntremander notre dîner... (Retirant la lenriette qui est tm

le panier.) Et pour moi^ me voilà revenue du marché. (Elle se-

coue la serviette, et le billet que Ducros y a glisse tombe par terre.) VICTOR.

Quel est ce papier que tu laisses tomber?

CAMILLE

Jeae sais.

VICTOR, lisant Tadresse.

A mademoiselle Camille. C'est à votre adresse.

CAMILLE, le regardant.

En effet, mais je ne connais pas cette écriture, et Je ne sais comment ce billet se trouvait là.

VICTOR, avec émotion.

Vous ne le lise^ pas?...

CAMILLE

A quoi bon, puisque vous le tenez? ai-je des secrets pour vous? voyez vous-même.

VICTOR, après avoir parcouru le billet, fait un geste de colère et se reprend.

Camille, je vous en prie, laissez-nous un instant.

CAMILLE

Mon ami, qu'avez-vous donc?

VICTOR

Tout à l'heure, nous irons vous retrouver.

CAMILLE

C'est bien, c'est bien, je m'en vais. Ah! le vilain billet

(Elle sort par la porte à droite du spectateur.)

90 LA MÀNSABDE DBS ARTISTES.

Page 1