‹ ThéâtreChapitre 63 sur 251 · SCÈNE VIII. ^ AUGUSTE, SCIPION, VICTOR · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. ^ AUGUSTE, SCIPION, VICTOR

SCIPION

Toutes mes courses sont finies. J'espère que je n'ai pas perdu de temps, (a Victor.) Eh bien! Victor, qu'as-tu donc? tu me parais changé?

VICTOR

Non, mon ami, je t'assure.

SCIFION, d'un ton de reproche.

Parbleu! j'espère que je m'y connais. (Luipreaaot le pouu.) Ta main est froide, et ton pouls bat comme si tix avais la fièvre. Voyons, d'où souffres-tu? qu'est-ce que tu éprouves?

VICTOR

Moi, rien, te dis-je.

SClPlON.

Gomment rien? est-ce que tu n'as pas confiance?

VICTOR

Si vraiment ; mais hier et aujourd'hui j'ai beaucoup tra* vaille, et peut-être la fatigue...

SCIPION

C'est cela, un mal de tête; pour te dissiper, je t'apporte encore de bonnes nouvelles; car remarquez qu'il n'y a que moi qui vous en donne; chez vous, le baromètre est toujours à la tempête, et chez moi au beau fixe. Je sors de chez M. La Bernardière, un malade chez lequel mon professeur m'a présenté ; bel appartement, et puis bon genre ; une porte cochère, c'est la première fois que ça m'arrive : tout en causant avec lui, et en donnant ma consultation, je voulus tirer ma tabatière pour me donner un air capable^ parce qu'ime prise de tabac^ pla-

92 LA MANSARDE DES AUTISTKâ.

cée à propos^ donne bien du poids à une ordonnance ; et dans ce mouvement, je fis rouler sur son lit le médaillon que Camille m'avait donné à raccommoder, et où est le portrait de sa mère, peint par Vîctor. A la vue de cette miniature, il fait un geste de surprise; il paraît que notre malade est connaisseiw ! — Monsieur, qui a fait ce portrait? — Un de mes amis, un peintre distingué. — Et avez-vous connu l'original? — Oui, Monsieur. C'est frappant, ou plutôt c'était frappant de ressemblance, car la pauvre femme... Je lui raconte alors l'histoire de madame Bernard, notre voisine, et de Camille sa fille, que nous avons recueillie. Pendant ce temps, notre amateur ne quittait pas des yeux le portrait. 11 est vrai que c'est d'un fini! — Mon cher docteur, m'a-t-il dit, vous et vos amis vous êtes de braves jeunes gens ; et si je reviens de cette maladie, ma première visite sera pour vous. Vous entendez bien qu'il en reviendra, je vous en réponds, et j'ai idée que nous avons en lui un protecteur.

AUGUSTE

Tu crois?

SCIPION

Parbleu! un homme très-riche, un vieux garçon; son valet de chambre qui avait mal aux dents et qui voulait m'attraper une consultation gratuite, m'a raconté toute son histoire : c'est un parvenu qui n'a que des parents fort éloignés, et qu'il connaît à peine; il est lui seul l'artisan de sa fortune ; et il en a beaucoup., ainsi que du crédit. Avec sa protection, je peux me lancer, me taire connaître, et réaliser le projet que je médite depuis i\ longtemps et dont jusqu'ici, mes amis, je ne vous ai pas parlé; mais c'était tout naturel, tant que j'étais étudiant en médecine, je ne pouvais pas songer à m'étabhr; mais maintenant que >e suis médecin, que j'ai un état, des espérances, rien ne m'empêche d'épouser celle que j'aime, et c'est Camille.

AUGUSTE, à part.

Ociel!

VICTOR

Quoi ! tu es amoureux?

SCilPION.

A en perdre la tète. Vous qui ne la regardez que comme une sœur, ça vous étonne ; mais moi, voilà longtemps que ça me tient : il ne faut pas croire que la Faculté soit insensible.

SGi5E ym.» 93

(a Aagoste. qui ne répond pas.) Eh bien! qu'est-ce qui te prend donc? te vpilà comme Victor était tout à l'heure.

AUGUSTE

Moi^ mon ami^ tu te trompes, je te jure.

Page 1