‹ ThéâtreChapitre 67 sur 251 · SCIPION, M. FRANVAL, AUGUSTE, VICTOR · texte numérisé non relu

SCIPION, M. FRANVAL, AUGUSTE, VICTOR

M. FRANYAL.

Salut â raimal)le jeunesse.

AUGUSTE

Bonjour^ monsieur Franval.

SCIPION

Bonjour, mon professeur, asseyez-vous donc, je vous prie.

M. FRANVAL

Ça ne me fera pas de mal, car la montée est rude, et je me disais en route : Macte animo, yenerose puer! sic Uur ad Mtra.

SCIPION

Vous avez raison; nous sommes un peu voisins des astres. .

M. FRANVAL

Laissez donc; vous avez une habitation de petites maîtresses, vous êtes de vrais sybarites; de mon temps les élèves en médecine logeaient encore plus haut. Il est vrai qu'alors on avait de meilleures jambes; mais, vois-tu, mon ami Scipion^ c'est un temps à passer; à mesure que tu t'élèveras en réputation, tu descendras d'un étage.

SCIPION

C'est pour cela, mon professeur, que votis êtes maintenant au premier.

M. FRANVAL

Eh! eh! c'est un compliment qu'il me fait là. Oui^ mes amis, je me soutiens tant que je peux; mais dans ce momentci, l'ancienne médecine a bien du mal, nous défendons le terrain unguUms et rostro, car il y a de dangereux novateun.

SCIPION, à part.

C'est bon, nous y voilà.

AVGUSTE.

Oui, Scipion nous a conté cela.

M. FRANVAL

Imaginez'vous que, depuis cent ans et plus, on se moquait du docteur Sangrado et de son système; eh bien! nous y voilà revenus : l'eau chaude et la saignée, ou, ce qui revient au même , les boissons et les sangsues. Les sangsues , ils ne sortent pas de là; c'est le remède de tous les maux, c'est la panacée universelle.

SGtNE X. 07

Am : Vos maris en Paîettintk

Mais c*e8t en vain qu'on clabaude^ La sangsue un jour passera^

Et tous ces marchands d'eau chaude

Ne font^ on le yoit déjà^

Que de l'eau claire^ et voilà!

Dans la rWière leur doctrine

Conduira le corps tout entier ;

Et quittant son ancien quartier^

L'École de médecine

Ya venir ayaz bains Vigler.

SCIPION

n me semble cependant, mon professeur, que, dans votre dernière ordonnance, j'ai vu se glisser quelques sangsues.

M, FRANVAL

Parbleu! il le faut bien; si on ne les employait pias, on aurait l'air, dans le monde , d'un routinier, d'une tête à perruque ; voilà comme ils nous traitent.

AUGUSTE

Eh bien! alors, comment faites-vous?

M. FRANVAI.

A mon cours et à mon hôpital , je fais l'ancienne médecine, parce que c'est la bonne; et dans le monde, quand j'y suis appelé, je fais la nouvelle, parce que les Parisiens ne se croiraient pas guéris, s'ils ne l'étaient pas à la mode. ( Victor Ta s'asseoir auprès de son tableau, et reste absorbé dans ses réflexions.) SCIPION.

Merci, mon professeur, je profiterai de la leçon.

M. FRANVAL

Et tu feras bien. Dis-moi, comment va M. de La Bernardière, chez qui je t'ai envoyé?

SCIPION

Un peu mieux depuis ce matin.

M. FRANVAL

C'est une fièvre ataxique bien dangereuse, une bonne maladie pour toi^ mon garçon; il faut suivre cela avec attention.

SCIPION

Je vous demande bien pardon, mon professeur, mais je crois que vous vous trompez sur ce malade-là*

T. xiu 8

(^, M. FRANVAL

Qu'est-ce que ça veut dire, je me trompe?

SCIPION

Permettez; non pas sur les effets, mais sur la cause de sa maladie; je l'ai fait parler ce matin, et il me semble que chez lui c'est le moral qui est attaqué; il y a quelque chose qui le tourmente, quelque arrière-pensée gui l'agite. Aussi je lui ai dit : Mon client, pour que la médecine puisse agir avec effet sur le corps, il faut d'abord que l'âme soit tranquille, et la vôtre ne l'est pas. Il ma serré la main en me disant: Docteur, vous avez raison ! Eh bien S lui ai-je répondu , Commençons par là? mettez-vous d'abord en paix avec vous-même, cela vous regarde; pour le reste je m'en charge, et vous jouirez bientôt, comme dit notre professeur, des deux trésors les plus précieux sur la terre : Mens sana in ùorpore sano,

M. FRANVAL

Tu lui as dit cela? embrasse-moi, mon cher Scipion; je te cède ce maladc-là; il est à toi.

Et par droit de conquête, et par droit de naissance. Voilà un élève digne de moi.

SClPlON.

Merdmon profôâseur;je tâcherai de fabc honneur à vos principes.

M. FRANVAL, passant près de la cheminée, et s'y asseyant pour se chauffer.

Comme moi à ton dîner; car il me semble que l'heure approche.

SClPION, à part.

Nous y voilà. J'étais bien étonné qu'il l'eût oublié, (a Frantai.) Mon professeur, si, en attendant, vous vouliez jetei- un coup d'oçil sur ma bibhothèque?

AUGUSTE, bas à Scipion.

Ta bibliothèque !

SCIPION, de même.

Ces trois livres de médecine qui sont là, sur la planche. (a part.) Et Camille qui ne revient pas!

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