‹ ThéâtreChapitre 106 sur 449 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

RUTLER, PAULY, mulâtre.

(Pauly paraît le premier en scène, franchissant les roches de droite; avant d'en descendre, il donne la main à Rutiler qui surmonte l'obsiacle avec moins de peine.)

RUTLER

Où sommes-nous ?

PAULY

Vois.

ruttler, examinant autour de lui.

Une grotte au milieu des rochers ! ... (Il s'assied sur une pierre. Pauly s'assied à ses pieds et joue avec indifférence.)^ fatigue de mon naufrage, ce voyage entrepris après quelques heures de repos seulement, cetle furet à traverser, ces rochers à gravir, tout cela, je l'avoue, a épuisé mes forces; mais un moment de repos, et la pensée que j'approche du but où j'aspire, m'auront bientôt remis. (Regardant autour de lui.) Tuessûr de ce chemin?

Parfaitement.

RUTLER

Par où sortirons-nous d'ici?

pauly, sans lever la tête, et montrant la gauche. Parla!...

RUTLER

Je ne vois aucune route... Quand mes yeux seront faits à l'obcurité, j'apercevrai peut-être... Est-ce qu'il n'y avait pas, pour arriver à la clairière où Patrice m'a donné rendez-vous, un chemin plus facile?

PAULY

Si.

RUTLER

Pourquoi ne l'as-tu pas choisi?

PAULY

Par là-bas un étranger serait arrêté; un mulâtre marron tué. Je n'ai pas voulu.

RUTLER

Tu aurais pu ne pas t'inquiéter de moi, mais toi, que Patrice dit si brave, tu as peur.

PAULY

Jusqu'à demain, oui.

RLTTLER.

Et pourquoi ?

pauly, avec énergie.

Demain, je serai vengé.

RUTTLER.

De qui ?

pauly, avec la même énergie.

Du Morne au Diable !

RUTLER

Tu y as été eslave !

pauly, avec indifférence.

Oui.

RUTTLER, avec un vif intérêt.

As-tu vu ta maîtresse ?

PAULY

Non.

RUTLER

Tu ne pénétrais donc pas dans les appartements?

PAULY

Jamais.

RUTLER

Qui donc faisait le service auprès d'elle ?

PAULY

Une jeune fille anglaise et des mulâtresses.

RUTLER

Mais ta maîtresse sortait ?

Avec un masque.

RUTLER

Et ton maître ?

PAULY

Son premier mari ?

RUTLER

Oui, Patrice m'a parlé de ces fables... Eh bien? son premier mari, comment était-il?...

PAULY

Beau, grand, mince.

RUTLER

Son âge ?

PAULY

Vingt-cinq ans.

rutler, à part.

Ces précautions.... ces renseignements... c'est lui.... (Haut.) Et pourquoi veux-tu te venger ?

pauly, abaissant sa chemise de son épaule. Regarde.

RTJTLER.

Une horible cicatrice... Ton dos a été déchiré...

PAULV.

De coups de fouet...

RUTLER

Et ton épaule est marquée...

PAUL Y

D'un fer brûlant...

rutler, avec un retour de doute.

Et c'est ton maître... ou ta maîtresse qui t'a fait châtier ainsi?

PAULY

Pauly ne ment pas!... Ni maître, ni maîtresse... le commandeur!

RUTLER

Et pour que le commandeur te fît infliger un si rude supplice, qu'avais-tu fait ?

FAULY.

J'aimais Betty !

rutler, vivement.

Betty!...

PAULY

La jeune anglaise, la femme de chambre, et presque l'amie de la Barbe-Bleue !

rutler, à part.

Oh ! plus de doute !... Angèle, c'est bien toi I {Haut.) Et cette Betty t'aimait aussi?...

PAULY

Non... J'avais un rival... le commandeur!

RUTLEK.

Eh bien! puisqu'elle ne t'aimait pas?

PAULY

J'ai voulu l'entraîner avec moi.

RUTLER

On t'a arrêté ?

PAULY

Oui.

RUTLER

On t'a condamné au fouet... et a cette marque infamante?

PAULY

Oui.

RUTLER

Et après ?

pauly, avec énergie.

J'ai tué le commandeur !

kO LE MORNE Al DIABLE.

rutler, se levant.

Que veux-tu donc encore?

pauly, avec la même énergie.

Tuer Betty ! (77 se lève.)

rutler, à part.

Voilà un homme qui nuirait à mes projets... Quand il m'aura conduit, nous verrons. [Haut.) Et par quel chemin as-tu pu fuir!...

pauly. avec indifférence.

Par le chemin du chacal et de l'Ofseau.

RUTLER

Et quel est ce chemin ?

PAUL Y

Maître Patrice le connaît.

RUTLER

Tu aimes maître Patrice?

PAULT.

l'aime Patrice et toi aussi.

RUTLER

Moi ! tu m'as vu hier pour la première fois ! pourquoi m'aimes-tu?

paul y, riant.

Tu veux leur faire du mal.

rutler, à part.

Cet homme vous met en face de vos projets avec une brutalité !

PAULY

Marchons-nous?

RUTLER

Oui... un mot auparavant. Pendant que je reposais . au commencement de la nuit, as-tu pu aller au briganlin?

PAULY

Oui!

Comment y as-tu été?

PAULY

Dans mon balaour.

RUTLER

C'est donc un bâtiment léger?

PAULY

Comme une mouette.

RUTLER

Et très-bas ?

PAULY

Comme uue petite vague.

kl

RUTLER

Combien t'a t'on donné d'hommes?

PAULY

Dix.

Et tu les a cachés?

A l'Anse aux caïmans.

Ils m'attendront?

Toi ou un ordre.

RULLER.

RUTLER

PAUL Y

RUTLER

Maintenant marchons.

pauly, après avoir été examiner les roches. Non.

Pourquoi ?

RUTLER

PAULY

RUTLER

PAULY

Regarde !

Un éboulement !

Un éboulement.

RUTLER

Est-ce qu'il ferme le chemin ?

PAULY

Il ferme le chemin.

RUTLER

Malédiction! et qui a causé cet éboulement?

PAULY

L'orage d'hier.

Quoi ! l'air ébranlé par un grand bruit?

PAULY

C'est assez.

RUTLER

Et plus moyen d'arriver à mon rendez-vous avec Patrice r

PAULY

Si!

RUTLER

Par ou?

paulï, montrant V ouverture du fond.

Par là.

rftler, examinant.

Comment franchir ce passage ?

PACLY.

Debout comme un homme, courbé comme un chien, couché comme un serpent.

rutler, avec résolution.

Eh bien ! rien ne m'arrêtera!., mes armes?

pauly, lui donnant ses pistolets .

Voici.

RUTLER

Montre-moi le chemin.

Venez.

rutler, à Ventrée, encore debout.

Combien faut-il de temps pour traverser ce passage?

pauly, déjà plus axant, et s' agenouillant. Un quart d'heure.

RUTLER

Serons-nous loin encore de la clairière ?

PaULY.

On la voit au haut du roc.

RUTLER

Hâtons-nous donc ; le jour doit être prêt à paraître, {Pauly est déjà couché dans la grotte ; Rutler est accroupi près de ses

pauly, d'une voix altérée.

Maître !

RUTLER

Eh bien ?

PAULY

Sentez-vous ?

RUTLER

Oui, une odeur forte et fétide.

PAULY

Arrêtez.

RUTLER

Pourquoi ï

C'est un serpent fer de lance.

RUTLER

Dangereux.

PAULY

Mortel.

RUTLER

Quel est ce bruit ?

PAULY

Il est en colère, il frappe la terre de sa queue.

RUTLER

Reviens.

PAULY

Ne bougez pas, il viendrait tout de suite.

RUTLER

Prends une pierre pour la lui jeter.

pauly, avec un cri.

A moi! a moi! je suis mort! {Pailler épouvanté reste cloué à la même place. Le serpent passe près de lui et vient se perdre au milieu des rochers de droite.)

rutler, revenant peu à peu à lui.

Horreur! horreur! Pauly! Pauly !... Plus de mouvement... mort! (Il sort de l'ouverture en chancelant.) Cet homme voulait se venger, et la mort la plus épouvantable Ta frappé ! Serait-ce un présage? dois-je renoncer... lâcheté!... Non, je ne reculerai pas... ôtons ce cadavre qui me ferme l'unique issue. (Il ramène le cadavre sur la scène.) Esrlave, laisse passer ma colère et^notre vengeance. (Au moment où il se retourne, il aperçoit la tête du serpent qui s'agite à Ventrée de la caverne. Il recule avec effroi.) Le serpent !... la mort ! (Avec rage et armant un pistolet.) Non, je ne veux pas mourir encore. (Il tire , le serpent tombe. —- Rutler se précipite dans la caverne en criant :) Monmouth, je vais à toi maintenant. (A peine est-il entré dans la caverne , qu'un éboulement de terre et de rocs se fait derrière lui , et le dérobe aux regards.)

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