‹ ThéâtreChapitre 153 sur 449 · ACTE T, TABLEAU I · texte numérisé non relu

ACTE T, TABLEAU I

DE VALORY

Non, assurément, sire, et nous sommes prêts à prouver notre zèle par une plus grande fatigue et tous les périls qu'il vous plairait de nous faire affronter.

LOUIS

On appelle ceci une ferme , une cabane... c'est se montrer bien facile à l'illusion... Cléry, quels sont les bergers et les bergères qui se trouvent en ce moment à Trianon?

CLÉRY

Sire, il y a madame la comtesse de Polignac, M. de Lauzun et M. Barnave.

louis, s' asseyant, à part.

M. de Lauzun... (Haut.) Cléry?

cléry, s' approchant.

Sire.

LOUIS

Je vous dirai que ces gens qui étaient là , tout à l'heure, à l'entrée de Trianon, avaient un air bien singulier. (Se vavisant.) Après cela, non, je me suis trompé... {Avec humeur.) N'y pensons plus! {A part.) La reine n'a jamais voulu me croire... cette retraite fait trop parler... [Moment de silence. — Se levant et allant a une porte dont il fait jouer la serrure avec attention.) Ah ! ah! (Il ouvre la porte et regarde à l'intérieur.) louise , s'approchant de Cléry vivement et avec précaution, bas.

Monsieur Cléry !

cléry, de même.

Qu'y a-t-il, mon enfant?

LOUISE

Un groupe assez nombreux est à la porte d'entrée, et j'ai entendu des propos... Ah! monsieur Cléry, j'en suis toute émue... On chante une chanson injurieuse pour la reine... On devrait chasser ces misérables.

CLÉRY

Chut!... J'irai par là tout à l'heure... ne dites rien.

louis, refermant la porte.

Cléry!

CLÉRY

Sire.

LOUIS

C'est Gamin qui a fait cette serrure, n'est-ce pas?

CLÉRY

Oui, sire.

louis, se déridant.

Je l'aurais parié!... j'ai deviné l'ouvrier a son œuvre... je m'y connais... (A part et avec humeur.) Si j'avais le temps!... mais, non... Lorsque j'en ai fini avec mes ministres, il me survient à chaque instant de nouveaux tracas. Des réceptions , des fêtes, tout un monde autour de moi; un monde curieux, gênant, attentif à la moindre démarche! .. Jusqu'à mes études de géographie que je n'ai pas pu reprendre depuis trois jours au moins!... Heureux mon frère d'Artois si insouciant! Heureux mon frère de Provence, qui peut se faire savant tout à son aise ! Ils vivent tous deux comme ils l'entendent ! Moi, j'ai mon métier de roi... oui, et un grand pouvoir, en vérité!... Je suis l'esclave de mille tyrannies... Et même dans mon intérieur, je n'obtiens que ce qu'on veut bien accorder... Trianon, par exemple! Un bourgeois ferait comprendre à sa femme qu'il y a inconvénient à garder telle ou telle campagne, telle ou telle propriété... mais, la reine ! la reine!... Pourquoi suis-je ici ce matin? Parce que hier il m'est encore revenu que dans le public on s'occupait trop de cette ferme, comme disent les courtisans, les uns par flatterie, les autres par dérision. Eh bien! mais c'était inutile de venir; je n'apprendrai rien, je ne verrai rien de nouveau! (On entend des voix et des rires dans la coulisse.)

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