ACTE IV, TABLEAU V
BARNAVE
Contre votre volonté, s'il le faut. .
la reine, près de Barnave.
Et si nous résistions, monsieur, si nous faisions un appel aux forces qui nous' entourent encore?
Madame, la puissance des mandataires du peuple est plus forte que toutes les armées...
LOUIS
Cette puissance dont vous parlez, je l'ai reconnue; et la miènnë, monsieur, on a donc cessé de la reconnaître?
BARNAVE
On ne la nie pas, sire, mais vous l'avez peut-être affaiblie vous-même en vous éloignant.
LOUIS
N'étais-je donc plus, libre?... Me fallait-il un permis de l'Assemblée pour voyager dans le royaume ?
BARNAVE
Dans des temps ordinaires, votre majesté n'aurait eu personne à consulter... Mais nous vivons dans des circonstances difficiles, périlleuses... Un roi qui fuit son palais semble dire à son peuple qu'il se méfie de lui, et donner pput-être un signal a l'étranger.
LOUIS
L'étranger, monsieur!... je ne veux pas qu'on m'accuse de l'appeler jamais... J'allais à mon armée...
BARNAVE
A votre armée?. . mais alors c'était la guerre civile?
LOUIS
Non, c'était mon affranchissement... c'était me soustraire au pouvoir des factions, aux calomnies u s partis; c" était enfin attendra, au milieu de cœurs fidèles, qu'il iùt décidé si je dois être roi ou si iple citoyen... ."est une solution que j'exige, et j'en ai fini avec fcs incertitudes, ces irrésolutions que la politique si mouvante du temps avait jetées dans mon esprit.
Sire, chacun a ses devoirs... Ici, je n'ai rien à combattre, rien à justifier... J'ai une. mission à remplir, celle de vous accompagner jusqu'à Paris... (5e tournant vers la Reine ) Je m'en suis charge, parce que, nui plus que moi n'est disposé à adoucir l'amertume de votre situation.
la reine, avec une expression graduée.
El quelle amertume pourriez-vous nous épargner, monsieur ? Pouvons-nous descenure plus bas? Depuis hier, ue sommes-nous pas traités comme les derniers des voyageurs ? Craignez-
vous, par hasard, de nous voir massacrer par ces hordes qui vont nous entourer?... Eh ! mon Dieu, ce serait au moins en finir, et on verrait la famille royale de France rester digne et courageuse en face de la mort I
BARNAVE
Madame, j'espère écarter de vous et l'outrage et le danger.... Ah ! si mes conseils avaient été suivis...
LA REINE
Ou peut-être si on avait écouté les miens i... [A part.) Monsieur de Bouille, que faites- vous donc? (Cris, agitation sur la place. Quelques hommes du peuple armés viennent sur le seuil de la porte.)
BARNAVE
Entendez-vous!... il faut se hâter. (Mme Elisabeth, Mme de Tourzel entrent avec les enfants. Ceux-ci, effrayés , viennent se blottir contre Louis et la Reine]
la relne, à Barnave.
Monsieur, voyez l'effroi de mes enfants; éloignez ces hommes! (Barnave écarte les hommes du peuple.)
de lauzun, bas à Louis, la main sur son sabre. Sire, dites un mot, et j'appelle a votre défense... Il y a encore parmi les hussards qui sont à Varennes des hommes dévoués... la témérité peut vous sauver...
louis, de même.
Xon, je ne veux pas que le sang coule pour moi !... (Haut à Barnave.) Monsieur, emmenez vos prisonniers !
BARXAVE.
Sire, ma mission est protectrice, et je veux qu'on la trouve honorable...
la reine, bas à Lauzun
Restez ici... vous guiderez M. de Bouille .. Mais qu'il nous rejoigne, mon Dieu ! (Sur un geste de Barnave, la Garde nationale se forme en haie. Un des hommes du peuple se détache du groupe pour prendre dans ses bras et emporter le Dauphin.)
la reine, à l'Homme.
Laissez mon enfant, monsieur... Personne ne doit toucher au dauphin de France. (L'homme remet V enfant à la Reine qui le prend dans ses bras. Le cortège se met en marche. La Reine est en tête, son fils dans ses bras. Barnave prend une main de Mme Royale que Louis tient de l'autre main. Mme Elisabeth et Mme de Tourzel suivent et ferment cette marche qui s'exécute dans un silence profond.)
de lauzun, a, Létuvé, pendant la sortie.
Toi, bedite, reste afec moi.