SCENE VI
LOUIS, LA REINE Mme ELISABETH, LE DAUPHIN, Mme ROYALE, CLERY. (La Reine paraît, tenant son fils par lamain, et s'élance la première dans les bras du Roi. Mme Elisabeth suit avec Mme Royale. Cléry referme la porte sur eux. Le Roi force tendrement la Reine à s'asseoir sur un siège à sa droite, et Mme Elisabeth sur un autre, à sa gauche. Il s'assied entre elles. Les deux Princesses l'entourent de leurs bras et collent leur tête sur son sein. Mme Royale, le front penché et les cheveux répandus sur les genoux de son père, est comme prosternée sur son corps. Le Dauphin est assis sur un des genoux du Roi, un de ses bras pa?sé autour de son cou. Pendant quelques instants, aucune parole n'est prononcée, on n'entend que des sanglots.)
louis, reprenant quelque fermeté.
Antoinette, Elisabeth, mes enfants, je vous en prie, reprenez
un peu de courage, si vous voulez que je retrouve le mien ! la reine, d'une voix étouffée.
Du courage, quand nous vous revoyons pour la dernière fois I
quand nous savons qu'aujourd'hui! (Serrant convulsivement ses
Enfants contre elle.) Non ! non !
louis, api es un regard désespéré wr la Reine et sur ses Enfants. Oh!... Elisabeth, je vous ai vue toujours si soumise aux volontés de Dieu !... Consolez-les donc en leur montrant le ciel où nous devons nous réunir pour l'éternité!...
ELISABETH
Mon frère, toute ma religion ne m'a pas aguerrie contre ces déchirements du cœur... Ce calice est trop amer !
LOUIS
Qui sait?... l'espérance est peut-être au fond de cet abîme de douleurs ! Dieu nous réserve peut-être un éclatant retour de sa bonté !
LA REINE
Non, votre destinée est marquée, et l'heure terrible est venue. Non, nous ne voulons pas espérer, et tout allégement à notre torture nous semblerait un crime... Louis, si du moins nous n'avions pas été séparés si longtemps; si nous avions pu vous montrer toute notre tendresse!... Ah! voila donc ce qui nous attendait lorsque, de notre prison, nos prières, nos vœux, toutes les aspirations de notre âme montaient vers vous!... [Avec un éclat convulsif.) Ah! c'est ainsi qu'ils vous rendent à mes erabrassements ! Et ils n'ont pas songé à nous frapper du même coup !... Non, car c'eût été un bienfait ! louis, au Dauphin.
Louis, mon cher enfant, écoute-moi, et que mes paroles restent dans ton souvenir... Si jamais l'inconstance des peuples remet nos ennemis dans tes mains, pardonne-leur comme je leur pardonne.
LE DAUPHIN
Oui, mon père...
LOUIS
N'oublie pasqu'au moment suprême, un roi garde la sérénité de son âme s'il peut offrir à Dieu, en expiation de ses fautes, les témoignages de sa clémence et de sa booté ! [Allant à la Reine et prenant sa fille dans ses bras.) Thérèse, ma fille!... [Il pleure sur elle en se cachant.)
la reine, amenant un peu le Roi à Vécart. Louis, je devrais peut-être me montrer plus resignée devant nos pauvres enfants, mais je ne me sens pas cette vertu... Non, voyez-vous, je n'ai plus rien, en ce moment, rien de ma résolution, d'autrefois... Je suis abattue en songeant que je vais vous perdre pour toujours ! Louis, je ne veux pas vous quitter! Qu'ils me donnent une année, quelques jours, encore quelques jours! passes avec vous dans l'exil, dans l'infortune, dans la misère !... Je ne suis plus une reine, moi, je suis une pauvre femme qui va perdre son mari!... Comment ne comprennent-ils pas cela?... Ne nous quittez point... Dites-leur que vous ne le voulez pas, que nou* allons tous mourir s'ils vous emmènent !...