‹ ThéâtreChapitre 246 sur 449 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

SAINTE-AMARANTE

Ventre de biche, monsieur !

VALENT IN

Je vivais heureux aux Cormiers, dans la propriété de mon oncle Fléchambault, le meilleur des oncles ; sans vous j'y serais encore... J'aurais épousé ma cousine Louisanne à son retour de la Nouvelle-Orléans. Je l'aimais sans la connaître. Ce mariage comblait les vœux de mon oncle et les miens. Oui, monsieur le chevalier, et les miens... Outre qu'elle est charmante...

SAINTE-AMARANTE

Charmante ! Vous ne l'avez jamais vue !

VALENTIN

Nous nous sommes connus enfants. Elle était bonne déjà; elle promettait d'être belle, et ce n'est pas la fortune qu'a depuis amassée son père...

SAINTE-AMARANTE

La fortune! nous y voila! En quel temps vivons-nous, juste ciel !

VALENTIN

Vous en penserez tout ce que vous voudrez. Toujours est-il que je vivais content quand la fatalité vous a jeté sur mon chemin.

il était joli, votre chemin! Une ornière !

VaLEN'TIN.

Une ornière creusée par les gens heureux, préférable cent fois à tous vos sentiers de traverse.

SAINTE-AMARANTE

Ventre de biche, monsieur !...

VALENTIN

Ah ! ventre de biche tant que vous voudrez!... Je croyais aimer ma cousine ; vous m'avez prouvé que je la haïssais. Vous m'avez appris à traiter du haut en bas les joies faciles que le bon Dieu avait mises sous ma main, et, comme s'il n'eût pas suffi de vos discours, vous m'avez infecté du poison de vos lectures.

SAINTE- AMARANTE

Que parlez-vous de poison ?

VALENTIN

Bref, sur la foi de vos promesses et de vos romans, j'ai quitté les Cormiers. J'ai mis mon oncle sens dessus dessous, et, tournant le dos au bonheur, je suis venu à Paris chercher des aventures. A vous entendre, elles allaient partir sous mes pieds, comme des compagnies de perdreaux. Qu'ai-je trouvé?

SAINTE-AMARANTE

Ingrat, c'est là que je vous attendais. Oui, jeune homme, qu'avez-vous trouvé?

VALENTIN

Grâce à vous, je croyais aux femmes opprimées, aux maris féroces, aux jeunes filles sacrifiées par des parents barbares. J'avais rêvé des provocations héroïques, des rencontres chevaleresques...

SAINTE-AMARANTE

Eh bien, jeune homme, eh bien?

VALENTIN*

Eh bien , monsieur le chevalier , des maris débonnaires, des jeunes filles très-positives, des femmes suffisamment libres, des amis qui se déchirent et des ennemis qui s'embrassent : voilà ce que j'ai rencontré. Quant aux aventures de cape et d'épée, que le ciel me confonde si j'en ai vu seulement la queue d'une I

SAINTE-AMARANTE

Pas possible !

VALENTIN

C'est comme je vous le dis.

SAINTE-AMARANTE

Des femmes voilées ne se sont pas, le mois dernier, introduites dans votre chambre ?

VALENTIN

Allons donc !

SAINTE-AMARANTE

Vous ne recevez pas de billets parfumés?

VALENTIN

Allons donc!

SAINTE-AMARANTE

Vous n'avez pas trois duels par semaine?

Allons donc ! {Il remonte.)

SAINTE-AMARANTE, à part.*

Et ce coquin de Lapierre à qui j'ai donné deux pistoles ! [Haut.) Je ne m'en défends pas, jeune homme : je suis étonné.

VALENTIN

Enchanté de vous avoir vu, monsieur le chevalier. Je pars ce soir; je viens de retenir ma place.

SAINTE-AMARANTE

Faible courage ! Eics-vous déjà las de chercher et d'attendre?

* Valentin, Sainte-Amarante.

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