SC2NE IV
Les Mêmes, RODOLPHE, suivi d'un Groom portant une casseltc. Ils entrent par le fond; le Groom reste au fond. sainte- amarante. * Mon beau, mon grand Rodolphe ! [Ils s'embrassent avec effusion.)
Rodolphe, à part.
Sa présence m'inquiète... Que diable vient-il faire à Paris?
SAINTE-AMARANTR.
Le voilà! regardez-le, Valentin! c'est, lui, c'est mon sang, l'image de mes jeunes années; c'est mon neveu Rodolphe. (Bas.) A-t-il les yeux battus,ce coquin-là!... (Haut, à Rodolphe.) Mon jeune ami Valentin... un rival que je te présente.
VALENTIN
Un rival peu dangereux, monsieur, et qui ne doit pas vous porter ombrage.
RODOLPHE
Monsieur!... (A part.) En voudrait-il aussi à la succession de mon oncle? (Haut.) Galaor, déposez cette cassette aux pieds de monsieur le chevalier. (Galaor obéit.) A la fleur des oncles et des preux, son neveu reconnaissant!
SAINTE-AMARANTE
Ta cassette!... (Il la prend avec amour et la pose sur une table.)
RODOLPHE
*Elle est à vous, mon oncle... C'est là que sont enfermés tous lespoëmes de ma jeunesse.
sainte-amarante, allant mettre la cassette sur la table à droite. ** Procédons sur-le-champ au dépouillement.
RODOLPHE
Permettez d'abord que je dise quelques mots à l'oreille de ce jeune esclave. (Très-haut.) Galaor, si la vicomtesse se présente, vous lui direz que je suis sorti pour affaires.
* Valentin, Sainte-Amarante, Rodolphe.
** Valentin, Rodolphe, Sainte-Amarante.
sainte- amarante, à Falentin.
Que vous disais-je ?
RODOLPHE
Quant a ma rencontre avec le baron, dites à mes témoins de régler les conditions et que j'accepte fout, hormis un arrangement. Allez, Galaor. [Le Groom sort par le fond.)
SAINTE-AMARANTE-, à l'o.lcnlin.
Hein? [A Rodolphe.) Embrasse-moi. (A part.) Il aura tout mon bien.
valentin, à part.
Le chevalier aurait-il raison?... y aurait-iî en effet des aventures?...
RODOLPHE
Maintenant, livrons-nous sans contrainte à la joie des émotions domestiques.
SAINTE-AMARANTE
C'est cela... La cassette! elle ne pouvait venir plus à propos pouu réconforter Valentin.
RODOLPHE
Le réconforter ?
SAINTE-AMARANTE
Oui, il est découragé; il veut retourner aux Cormiers épouser sa cousine, mademoiselle Varembon. Il doute qu'il y ait encore des aventures ici-bas.
RODOLPHE
Serait-il vrai, monsieur?
J'avoue, monsieur.. «
SAINTE- AMARANTE
La cassette est la meilleure réponse à ce doute impie. Rodolphe, ouvrant la cassette.
Voici, monsieur, quelques menus objets qui serviront peutêtre à modifier votre opinion. [Valentin et le Chevalier plongent un regard curieux dans la cassette.)
VALENTIN
Que de trésors!
SAINTE-AI'ARANTE.
Que de dépouilles opimes î
VALENTIN
Est-ce qu'à tous ces objets se rattache un drame de votre vie?
RODOLPHE
Un drame, non, pas à tous, mais aux plus insignifiants une histoire plus ou moins charmante.
•Rodolphe, Valentin, Sainte-Àmarant'-.
ACTEl,SCEJNEiy. li
sainte-amarante, à Falentin.
Questionnez, mon ami, questionnez... Rodolphe, explique à monsieur ta cassette.
KODOLPHE.
C'est que, mon oncle, vous connaissez déjà la plupart de mes aventures; mes lettres vous ont tenu au courant, et le récit que j'en pourrais faire...
SAINTE-AMARANTE
Aura pour moi tout le piquant de la nouveauté... Questionnez, Valentin.
VALENTIN
Vous permettez, monsieur?...
RODOLPHE
Comment donc, monsieur !...
sainte-amarante, à Fakntin.
Vous allez en entendre.
valentin, tirant un mouchoir de la cassette, Ce mouchoir taché de sang ?
RODOLPHE
C'est celui delà comtesse Orsini... Vou3 vous rappelez, mon oncle?...
sainte-amarante.
Pardieu, si je me rappelle !...
Rodolphe, portant le mouchoir à son nez. Après huit ans, il conserve encore le doux parfum de cette divine personne.
SAINTE-AMARANTE
Laisse-le-moi respirer!... Parfum pénétrant, senteur mystérieuse !...
VALENTIN
Mais ce sang, monsieur, mais ce sang?
RODOLPHE
Pauvre Gina!...
sainte-amarante, à Rodolphe.
Laisse-moi dire... Pauvre Gina!... Elle écrivait à Rodolphe; son mari la surprit et lui plongea sa dague dans le sein.
Avant d'expirer, elle m'envoya ce mouchoir, imbibé de ses larmes et trempé dans son sang.
valentin.
Il paraît que le comte Orsini ne plaisantait pas.
sainte-amarante.
C'était un Corse.
RODOLPHE
Il a voulu nie tuer; c'est moi qui l'ai tué.
VALEMIN.
Vous l'avez tué ?
SAINTE-AMARANTE
Comme un lièvre.
VALENTIN
Et cette fiole ?
RODOLPHE
C'est un flacon d'acide prussique... Un soir, à Rome...
SAINTE-AMARANTE
Laisse-moi donc dire... Un soir, à Rome, Rodolphe l'arracha des mains de la Giuliani, qui menaçait de s'empoisonner. Rodolphe, à part.
Naïf vieillard!... candeur de l'âge mur!...
VALENTIN
Et pourquoi la Giuliani menaçait-elle de s'empoisonner?
Parce qu'elle avait trouvé dans ma poche un gant qui n'allait ni à sa main ni a la mienne.
SAINTE-AMARANTE
Montre le gant.
RODOLPHE
Le voilà. Il n'est pas une femme en France qui puisse y glisser deux doigts. Pauvre Rosemonda, qu'elle était belle !...
SAINTE-AMARANTE
Morte à vingt an? !
RODOLPHE
C'est la Giuliani qui l'a tuée dans un féroce accès de jalousie.
VALENTIN
C'était donc une tigresse, cette Giuliani?
RODOLPHE
Une Romaine, une Romaine.
VALENTIN
Et ce poignard ?
RODOLPHE
Ça?
SAINTE-AMARANTE
N'est-ce pas le poignard que la marquise de Grijalva portait a sa jarretière?
Où je le pris, oui, mon onde.