SAINTE- AMARANTE, RODOLPHE
SAINTE- AMARANTE
Monsieur Rodolphe, rendez-moi la copie de mon testament.
RODOLPHE
Pourquoi, mon oncle ?
SAINTE-AMARANTE
Pourquoi, misérable? tu le demandes! toi qui viens de déshonorer les Sainte-Amarante ! qui m'as fait rougir jusqu'au blanc des yeux! joueur du flageolet ! cynique quadragénaire! chauve déhonté! Vous vous étiez bien gardé de me dévoiler cette calvitie !
RODOLPHE
Par pure modestie !
SAINTE-AMARANTE
Comment, par modestie?
RODOLPHE
Tous les grands hommes n'ont-ils pas été chauves? à ce point que ceux qui ne l'étaient pas, feignaient de l'être! Pour n'en citer qu'un : Louis XlVportait perruque à vingt ans, pour laisser croire à ses maîtresses qu'il n'avait pas de cheveux ! Les Turcs, ce peuple primitif et polygame, ne se rasent-ils pas la tète?
Air du Piège.
Enfiu, mon oncle, enfin l'occasion, Cette déesse en tous lieux courtisée, Supposez-vous qu'elle ait un fort chignon
Et soit opulemment frisée ?
Non, mon cher oncle, elle est chauve, et parbleu, Elle voudrait l'être encor davantage ; Car elle n'a qu'un malheureux cheveu, Et c'est par là qu'on l'empoigne au passage.
Paradoxe brillant !.. D'où vient que tu portes perruque?
RODOLPHE
Je Tôte pour aller dans le monde.
SAINTE- AMARANTE
Tu n'es qu'un utopiste ; mais je n'entends pas que cette aventure sorte de la famille.
* Ste-Amarante, Rodolphe.
RODOLPHB.
Elle n'en sortira pas.
SAINTE-AMARANTE
Non, car je vais m'en mêler. (Jî va à la table, à droite,
RODOLPHE
Qu'allez-vous faire?
SAINTE-AMARANTB.
Tu vas voir. Voici de quoi écrire. (// s'assied et écrit.) Ecoute un peu : apprends de quel style nous écrivions dans mon temps. (Ecrivant.) « Madame, je ne puis contenir plus longtemps le » transport qui m'agite. »
Rodolphe, a part.
Ah! il se met sur les rangs ! Vieux fou ! malgré la goutte... Bien I très-bien !
« Percé d'outre en outre par vos regards, je me jette à vos » pieds... Je ne suis pas beau... »
Rodolphe, a part.
C'est vrai.
SAINTE-AMARANTE
a Mais s'il suffit d'un ardent amour... » Rodolphe, a part.
Fanfaron!
SAINTE-AMARANTE
« Pour trouver grâce à vos yeux, tournez-les vers moi. »
Rodolphe, à part.
Elle aura un joli spectacle.
SAINTE-AMARANTE
« II ne sera pas dit qu'après m'avoir rencontré, vous soyez » restée vingt-quatre heures sous le joug d'un tyran délesté. » Quand Morphée aura clos les yeux de ce monstre, échappez- » vous. Une chaise de poste vous attendra au bout de la rue. » Confiez-vous à l'honneur d'un Sainte-Amarante. » Rodolphe, à part.
Ah I oui, elle peut s'y confier !
sainte-amarante, pliant la lettre.
Comment:trouves-tu cette lettre, hein?... Voilà du style! voilà de la passion !
RODOLPHE
Et vous espérez...
* Rodolphe, Ste-Amarante.