ACTE III, SCENE IL ko
rières ; il est u peu près ivre, et j'en ai les éclaboussures. Je n'en suis que plus en train d'enlever.
SAINTE- AMARANTE
Il faudra nous assurer d'une chaise de poste, pour dix heures.
RODOLPHE
Et de l'argent?
SAINTE-AMARANTE
Sois tranquille; les femmes qu'on enlève emportent toujours leurs diamants.
RODOLPHE
Attention délicate !
Quant à moi, je me déguise en cocher et monte sur le siège.
RODOLPHE
En cocher?
SAINTE-AMARANTE
Tu verras : carrick mirabelle, perruque de laine frisée, chapeau sans cocarde. Il faut un air de mystère. (Il va regarder à la deuxième porte à droite.)
RODOLPHE
C'est juste , on n'a jamais fait d'enlèvement sans un ami déguisé en cocher sur le siège.
SAINTE-AMARANTE
Tout concourt à nos projets. L'ogre, gorgé de viande et de ,:n, s'est endormi sur sa chaise. Profitons de son sommeil. Occupe-toi de la berline; moi, je vais m'occuper du cocher. (Il sort par le fond.)
RODOLPHE, Seul.
Au premier relais, je détale, et je laisse le cocher achever l'aventure... Il t'en cuira, mon vieux! (Il sort par le fond.)
SGEftE lï.
VALENTIN, puis L0UISÀNNE.
valentin, entrant par la deuxième porte à droite.
Qu'Antonia ait donné la préférence à ce Rodolphe, c'est ce
qui me pass3! Si elle est capable d'aimer un pareil homme, elle
est indigne de mon amour, et je lui fais trop d'honneur de la
regretter. C'est une femme vulgaire; mais alors, d'où lui vient
ce charme irrésistible qu'elle exerce sur moi? La voici.
(Entre Louisanne sortant de chez elle.)
LOL1SANNE. **
M. Rodolphe n'est plus là, le malheureux!
* Rodolphe, Sainte-Amarante.
" Valentin, Louisanne.
VALENTIN
Vous le plaignez, madame ; il n'a pas tenu à moi qu'il n'échappât à ce malheur.
louisaune.
Comment cela?
VALENTIN
J'ai voulu le lui disputer les armes à la main.
louisanne, à part.
A la bonne heure.
VALENTIN
Mais il a refusé toute rencontre avant de vous avoir arrachée au comte. Pardonnez-moi, madame, d'avoir voulu traverser votre choix.
LOUISANNE.
Mon choix? Le comte a surpris la lettre de M. Rodolphe; je n'y voulais pas répondre; mais il m'a forcée avec son poignet de fer à écrire ce que vous avez lu. Tenez, mon bras porte encore la marque de cette violence.
VALENTIN
Ainsi vous n'aimez pas Rodolphe ?
LOUISANNE.
Ayez-vous pu le penser, vous ?
VALENTIN
Mais vous partez'avec lui.
LOUISANNE.
Partir ! Mon mari va nous surprendre sur le marchepied de la voiture, provoquer Rodolphe et le tuer ! voilà son plan.
VALENTIN
Mais il dort.
LOUISANNE.
Son ivresse est une feinte; il ne s'enivre que de sang! Je n'ai pas encore pu avertir monsieur Rodolphe de ce guet-apens. Avertissez-le, vous.
VALENTIN
Oui, madame, il n'ira pas à ce rendez-vous. C'est moi qui prendrai sa place.
LOUISANNE.
Vous !
VALENTIN
Oui, moi qui vous aime, moi qui ne veux pas laisser h d'autres la gloire de votre délivrance; si je succombe , eh bien , je ferai mort pour vous.