DONATIEN, LUCENAY, LES DEUX OFFICIERS
LUCENAT.
Je suis vraiment heureux de cette rencontre ; il m'en coûtait de mépriser un illustre marin qui a rendu d'éclatants services à la France, et puisque je devais être victime, mieux valait que je le fusse d'une erreur que d'une injustice.
PREMIER OFFICIER
Messieurs, je vous ferai observer qu'il est temps de nous mettre à table.
Donatien.
Vous me permettrez de ne pas assister à votre souper.
LUCENAY
Cependant, c'est pour cela que vous êtes venu à notre rendezvous.
DONATIEN
Non, mon ami... dans votre billet d'invitation il est question
d'un dépôt que vous voulez me confier, et comme vous partez cette nuit même je n'avais plus d'autre occasion de vous voir.
LUCENAY
Il s'agit de ce médaillon... mon portrait. (Il le donne à Donatien.) L'artiste Fa terminé ce matin; je désire que vous le gardiez pour le donnera mon fils, quand, d'après mes instructions, sa mère le conduira à Paris pour qu il achève son éducation dans ce même collège où notre amitié a pris naissance... je puis mourir dans ces mers lointaines où je vais combattre... maintenant cet enfant est trop jeune pour garder mon souvenir... mais, grâce à vous, dépositaire fidèle, un jour mon Théobald connaîtra les traits de son père.
Donatien, serrant le médaillon,
Je vous le promets... Maintenant il ne me reste plus qu'à vous rendre à vos convives.
LUCENAY
Non, vous ne partirez pas si tôt.