ACTE I, SCENE IL V
M A DELON
C'est ici qu'il demeure, monsieur, mais pour l'instant il n'est pas chez lui...
THÉOBALD
Doit-il rentrer bientôt?
MADELON
Nous l'espérons d'un moment à l'autre.
THEOBALD.
Me permettez vous de l'attendre ?
MADELON
Certainement, monsieur ; si vous voulez même entrer dans la maison?
THÉOBALD
Je serai très-bien ici.
[Icile manœuvre passe avec son auge déplâtre et heurte Théobald.)
MADELON
Prends donc garde, Jérôme, tu as tout blanchi monsieur.
le manoeuvre, marchant et passant lentement. Faites excuse, mon gentilhomme, c'est que j'sommes pressé, voyez-vous 1
le maçon, avec force.
Hohé ! Gringalet, hohé !
le manoeuvre, marchant plus doucement.
Voilà !
madelon, après avoir épousseté Théobald.
Tenez, monsieur, placez-vous sous la tonnelle, ici vous ne serez heurté par personne.
théobald, s'asseyant et regardant les ouvriers en mouvement. Le docteur, à ce que je vois, a mis tout le monde en réquisition.
madelon, tricotant.
C'est-à-dire, monsieur, que tout le monde s'est mis de soi-mêmo au travail — et mon cher maître ne se doute point du tout de ce qui se fait chez lui ; — c'est une surprise qu'on lui ménage.
THÉOBALD, Hailt.
Une surprise qui lui coûtera cher, je suppose?
madelon.
Ça ne lui coûtera rien du tout.
THÉOBALD
Comment?
M A DELON
On voit bien que monsieur est étranger; sans ça, il saurait que depuis seize ans que monsieur Donatien est venu à Bounières, succéder à son onde, il a été le bienfaiteur d* un chacun dans le pays ; non-seulement il ne fait pas payer ses visites au pauvre monde, mais encore bien souvent, il met sa bourse a coté de son ordonnance.
une paysanne, venant de droite.
Mère Madelon, vTa la clef du bûcher, tout le bois est rangé.
MADELON
Merci, Toinette... {Continuant.) Aussi, M. Donatien, qui était riche en arrivant ici, est-il gêné, à présent — il se refuse tout, le digne homme, pour donner davantage aux autres— autrefois, il avait des domestiques, une voiture, aujourd'hui il n'a plus que moi et sa petite jument Cocotte. — Tant il y a que ceux qu'il avait obligés, ont voulu lui prouver qu'ils n'étaient pas des ingrats. — La toiture de la maison s'en allait au vent, le pigeonnier tombait en ruine, il n'y avait plus de fourrage au grenier, plus d»3 fleurs dans le jardin. — Là-dessus, le couvreur, le maçon, les moisonneurs etle jardinier se sont dit : M Donatien nous a baillé seize ans de sa vie, nous pouvons bien lui donner trois jours de notre temps ; et profilant de l'absence de monsieur, le couvreur est monté sur le toit, le maçon s'est mis au pigeonnier, les moissonneurs ont coupé nos foins, le jardinier a refait les plates-bandes, ratisse les allées. — Si bien qu'a présent la pluie ne tombera plus chez nous, monsieur aura 4es fleurs et Cocotte aura du foin. — Via la surprise qu'on ménage à tous les deux. — Je commence à croire que monsieur le curé avait raison, quand il disait l'autre jour : Ce qu'on donne aux pauvres est un prêt fait à Dieu, qui nous en tient toujours compte. — C'te fois-ci, vou3 le voyez, monsieur , c'est par la main des pauvres que le bon Dieu a payé sa dette. théobald.
Ce que vous me dites la, bonne femme, fait hcineur à tout le monde ici. — Mais où est donc allé II. Donatien ?
MADELON
Voila I tout le monde se portait bjen a Bonnières, tandis qu'une vilaine épidémie s'était déclarée à Evreux et frappait dru comme grêle; les médecins de la ville ne pouvaient pas suffire aux malades.— Alors M. Donatien est parti; il est resté quinze jours là-bas, puis, l'épidémie s'en ? tant-allée, Monsieur m'a fait dire qu'il arriverait aujourd'hui. — Voilà pourquoi nous nous dépêchons tant.
LE MAÇON
Une truellée au sas ?