MARIE, THÉOBALD
théobald, à part, en la regardant.
Qu'elle est jolie!
MARIE
J'étais si émue, si tremblante quand vous vous êles présenta a moi, monsieur, puis j'ai été si heureuse quand vous m'avez, dit que mon père était chez le docteur, — enfin nous sommes venus si vite, que j'ai bien peur d'avoir oublié...
THÉOBALD
Quoi donc, mademoiselle?
MARIE
Mais de vous remercier, monsieur.
THÉOBALD
C'est moi, mademoiselle, qufbénis le hasard, ou plutôt la Pro-* yidence de cette rencontre ; j'allais au château de Lavieuville, oùje n'aurais été reçu que par madame de Montbreuse.
MARIE
Eh bien ! monsieur, ma sœur est une assez jolie châtelaine pour qu'on s'estime heureux de la trouver... dût-on la trouver seule.
THEOBALD.
Oh ! sans doute — madame de Montbreuse est belle, très-belle' le monde l'aime et l'estime, mais elle s'est toujours montrée pour moi bien froide et bien sévère, elle o rarement daigné me parler, et sa parole était toujours brève et sèche! enfin... dans son regard si bienveillant pour tous, j'ai cru lire presque de la haine pour moi.
MARIE
De la haine!... Marthe haïr quelqu'un! I que vous la connaissez mal, monsieur! c'est un cœur d'or, un ange de douceur et de charité. — Oh ! laissez-moi la défendre, c'est mon devoir! — Elle a été si bonne pour moi .' je n'ai pas connu ma mère, mais elle ne m'eût pas aimée plus que ne fait Marthe ! Si vous saviez de quels soins elle a entouré mon enfance ! à la plus légère indisposition, elle veillait, attentive à mon chevet, et lorsqu'il y a trois ans ma vie fut en danger, Marthe ne me quitta plus d'une minute ; le jour, la nuit, elle était là, toujours là, ne prenant ni repos ni trêve; quand elle croyait mes paupières abaissées par le sommeil, je la voyais, moi, prier avec ferveur, puis baignant de ses larmes mes mains que brûlait la fièvre ; et lorsque le médecin lui dit : Mademoiselle Mari*3 est sauvée l — Oh! sa joie était du délire, elle me couvrait de baisers et m'appelait son enfant, son enfant bien aimé. — Non, jamais une sœur ne fut plus tendre, plus dévouée. — Marthe est jeune et belle, eh bien , monsieur, elle n'est fière que de ce qu'elle appelle ma beauté, c'est a me parer qu'elle met sa coquetterie ; dans nos réunions, elle me renvoie tous les hommages, ou bal elle m'adresse tous les danseurs. — Vous voyez bien, monsieur, que je serais une ingrate si je ne la défendais pas.
THÉOBALD
Oh ! mademoiselle, avec quelle joie je reconnaîtrais mon erreur! car alors...
Alors ?
THÉOBALD
J'oserais me présenter au rhàteau de Lavieuville, où monsieur votre père m'accueillerait, j'espère, avec bienveillance... alors... marie, baissant les yeux.
Alors...
THÉOBALD
^ Alors, mademoiselle, j'oserais... vous dire que quelque précieux que soit le trésor que j'envie , je ne suis peut-être pas tout S fait indigne de le posséder... alors j'oserais vous- dirr» que je vous aime.