‹ ThéâtreChapitre 355 sur 449 · ACTE III, SCENE ï · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE ï

DONATIEN

Non, monsieur le comte, pas cela... il s'agit d'un renseignement complètement étranger au soin qui nous occupe.

DE LAVIEUVILLE

Parlez, docteur... En vérité, j'étais presque effrayé... tous avez l'air si ému.

DONATIEN

Oui, la pensée de réveiller en vous le souvenir d'un jour malheureux... d'un accident terrible...

de lavieuvillb, inquiet.

Quel jour?., quel accident voulez-vous dire?

Donatien, à mi-voix.

Je parle du 30 mai 1770.

DE LAVIEUVILLE

En effet, ce fut un jour de deuil.

DONATIEN

Ce jour-là quelqu'un de votre famille a failli périr.

DE LAVIEUVILLE

Ma fille Marthe... je la pleurais alors... elle nie trahit maintenant.

DONATIEN

Mais vous avez parlé aussi d'une autre victime?

DE LAVIEUVILLE

Une autre!... une autre!...

.Oui ! cette pauvre jeune femme !

DE LAVIEUVILLE

Ah! la femme déshonorée... puis abandonnée dans cette maison basse, sur la place, au coin du boulevard.

DONATIEN

C'est cela, monsieur!... c'est cela !

DE LAVIEUVILLE

Eh bien, après?

DONATIEN

Cette femme... la connaissez-vous donc, monsieur le comte?

DE LAVIEUVILLE

Moi? (Brusquement.) Pourquoi me demandez-vous cela?

DONATIEN

Par pitié pour un malheureux... pour un coupable qui pleure encore sa faute et qui so croira maudit de Dieu, s'il meurt sans l'avoir réparée,

74 MARTHE Ei MARIE.

DE LAVIFX VILLE.

Ah! il vous a avoué son crime, le misérable!

DONATIEN

Ainsi, il est donc vrai... vous savez, vous, le nom de celk

qu'il a flétrie?

Ah! oui, je lésais.

DONATIEN

Vous ne refuserez pas de me le dire?

DE LA VIEUViLLB.

Je refuse.

DONATIEN

Et pourquoi ?

DE LA VIEUV1LLE

Vous pourriez l'apprendre à l'infâme... et il ne doit jamais...

jamais le savoir.

DONATIEN

Au moins... puis-je lui dire qu'elle existe?

DE LAViEUVTLLE.

Non... elle est morte !

DONATIEN

Pour lui seul peut-être?

DE LAVIEUVILLE

Je vous dis, monsieur, qu'elle est morte.

DONATIEN

Morte !

François, entrant et apportant un papier. Pour monsieur le comte, de la part de M. Georges !

11 ose m'écrire! à moi... c'est peut-être son pardon qu'il demande... (Prenant la lettre.) C'est bien, François, je verrai. (A DoneUien.) Docteur, vous oubliez nos enfants, je vous l'ai dit, il faut se hâter.

DONATIEN

Je pars, monsieur, je pars. (A lui-même.) Morte! ô mon Dieu !... mon Dieu! je le disais bien, je suis maudit, car je ne puis rien réparer. (Il sort.)

FRANÇOIS

Attendrai-je la réponse pour M. Georges?

DE LAVIEUVILLE

Cest inutile... j'ai le temps, et toi tu as à faire... Il faut j rer le grand salon poui >n... j'attends du monde.

Page 1