‹ ThéâtreChapitre 64 sur 449 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

HENRI, MARIE, en costume de Saint-Lazare.

marie, entrant.

Ah! monsieur Henri!

HENRI

Marie, chère Marie!

marie, pleurant.

Je ne suis pas coupable, Henri.

HENRI

Vous coupable? Dieu le serait! vous, la vertu même!

MARIE

Ah! merci de cette marque d'estime...

HENRI

Dites d'amour, d'amour profond, immuable, éternel.

marie, avec chagrin.

Ah ! monsieur Henri, ne parlez plus ainsi à une pauvre fille accusée, condamnée peut-être?...

HENRI

Accusée, condamnée... n'importe. Je crois à votre honneur, Marie, et je le prouverai à tous. Je veux, je dois réparer les torts des autres envers vous. Si le malheur voulait que votre innocence fût méconnue par la justice humaine, vous avez ma parole, Marie, je vous relèverais abattue et flétrie à ses yeux, mais d'autant plus sainte et plus chère à mon cœur; et malgré la justice même, je vous prendrais à mon bras et dirais au monde -.«Marie Didier n'est plus, je vous présente madame Henri Berville.»Mais n'ayez pas peur, je ne pourrai pas tant faire; votre innocence éclatera comme le soleil, et vous sortirez d'ici radieuse pour tous, comme pour moi.

MARIE

Après, comme avant la prison, mon Dieu.

HENRI

Après, avant, toujours, Marie! Pardon de n'être pas venu vous le dire plus tôt... mais je ne savais pas..., je ne pouvais pas savoir... c'est cette odieuse lettre qui m'a tout appris... En vous quittant, j'écrivis au baron pour rompre mon mariage et lui demander mes comptes... et je reçus celte réponse: [Il lit») m Mon «cher Henri, vous reviendrez sur votre projet quand vous

« saurez que la femme à qui vous voulez sacrifier Claire est arec rêtée pour crime d'infaniieide. »

marie, vivement.

Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, Henri. Un enfant que j'ai trouvé, gardé, élevé sans rien dire... (t'aut-il se vanter du bien qu'on fait?) et qu'ils ont tué, le pauvre petit, pendant que j'étais allée cherclier de quoi le nourrir. Voilà la vérité. henri.

Ne vous défendez pas, sainte tille ! toute faite du plus rare et du plus noble amour, celui de l'humanité! Il a fallu fondre tous les cœurs des anges en un seul pour en composerle tien, ô Marie, le plus doux nom, la meilleure âme que la terre ait reçue du ciel... Ce n'est plus de l'amour que tu m'inspires, c'est de la religion. marie, avec joie.

Oh! je suis trop récompensée.

HENRI

C'est moi, moi seul, qui suis indigne de toi maintenant, moi qui n'ai plus rien à l'offrir, non, plus rien, pas même la richesse, pour payer tant d'honneur !

marie, avec joie.

Que dites-vous?

HENRI

Oui, Marie, je suis pauvre, pauvre comme toi, je te ressemble par là du moins ! vois plutôt ! [Achevant la lettre.) « Quant à voce tre fortune, vous l'avez mangée tout entière, comme le prou- « vent nos comptes ci-joints. Je vous attends donc aujourd'hui a pour recevoir votre acqu.t ou vous donner une doi. Je vous a laisse encore l'alternative, car on passe tout à ceux qu'on ce aime... La ruine et la honte dune part, un million de l'autre, « choisissez 1 »

MARIE

Oh 1 pauvre Henri !

HENRI

Tu vois, c'est à toi d'être généreuse. J'étais de bonne foi, je le jure, quand je t'offrais ma fortune. Je croyais l'avoir encore... Je l'ai perdue, j'ai dû te le dire... Suis-je toujours digne de toi ?...

Ah!

HENRI

Va, sois tranquille, je travaillerai, tu m'apprendras, nous travaillerons ensemble! J'ai du cœur, j'ai des bras; j'ai perdu, je regagnerai, je trouverai un métier.

MARIE

Oh ! quel bonheur !

henri, au comble de la joie.

Bonheur, amour, libellé... voilà nos trésor&l nous sommes riches! Plus de folies; j'ai le bonheur, enfin, je le garde : j'ai choisi... je vais le lui dire ! Au revoir, chère femme, au revoir ! bientôt je t'emmènerai glorieuse dans notre humble maison, et

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