SCÈNE XII Les Mêmes, LUCINDE, LUSSAC, etc
Je ne me trompe pas. C'est Boursoufle en personne. Sortez-vous du tombeau, mon cher?
Paris s'étonne De ne vous voir jamais.
LE MARQUIS
Que devenez-vous donc?
boursoufle, à Lucinde.
Co... Corysandre...
LUCINDE
Quoi?
boursoufle, faisant avancer Corysandre qu'il avait masquée. Corysandre...
LUCINDE
Ah ! pardon, Madame !
boursoufle, à Corysandre .
Saluez!
(La présentant à Lussac.) Corysandre !
LUSSAC
Madame...
boursoufle, lui présentant le marquis.
Corysandre !
lucindë, à Lussac.
Va-l-il présenter cette femme Tout le temps?
(On rit.)
corysandre. à Boursoufle.
Finissez. On se moque de nous Vous me présentez trop !
annette. à Boursoufle.
Baron, asseyez-vous
(On s'assied. Un moment de silence. Boursoufle et Brécy sou l l'un à gauche, l'autre à droite de la scène, en face l'un de Vautre. Boursoufle, gêné, s'agite sur sa chaise.)
Vous paraissez gêné, surpris de quelque chose.
Ah! je comprends ! mais oui ! C'est la métamorphose
Que subit votre parc. Il était très joli
Ce parc. Quelques détails l'ont pourtant embelli :
Ce bosquet, une vasque, et là, sur la pelouse,
Ces marbres. Vous voyez, j'en ai fait placer douze :
Deux satyres cornus. Un Eros. Le Dieu Pan.
BRÉCY.
Vous n'aviez pas trouvé cela.
annette, continuant.
Junon !
BRÉCY.
Le paon !
BOURSOUFLE
Hein ?
Oui. Junon avec le paon, là, sous ces arbres. Ce paon fait bien.
BOURSOUFLE
Monsieur.
BRÉCY.
Vous n'aimez pas les marbres?
Pourtant, mon cher baron, soyez juste : c'est mieux. Votre parc a beaucoup gagné. — C'est curieux Comme un parc peut changer dès qu'il change de maître. Ah ! vous manquiez de goût, il faut le reconnaître.
LE PAON. \%i
BOURSOUFLE
Vous me parlez d'un ton qui me déplaît beaucoup. Et vous manquez de tact si je manque de goùl.
BRKCY.
Quoi! pour un simple avis, voit-on qu'on espadonne?
BOURSOUFLE
Je ne demande pas votre avis.
BRÉCY.
Je le donne.
BOURSOUFLE
Je n? reçois d'avis que de moi, mon garçon.
BRÉCY.
De vos nombreux travers, voici donc la raison.
AN NETTE
Voyoïs !
BOURSOUFLE
Chacun ne peut avoir votre mérite, Mons.eur le Freluquet.
BRÉCY.
C'est ce qui vous irrite.
Monsieur le Fanfaron.
ANNETTE
Messieurs.
(Tout le monde se lève.)
HOURSOUFLE.
Hein ! Fanfaron !
Mais sa'ez-vous à qui vous parlez
BRÉCY.
Au baron Le plus prétentieux...
bol'rsoufle, l'interrompant.
Assez ! jeune imbécile !
brécy, se précipitant sur Boursoufle.
Imbécile!
(On le relient. Brécy se dominant.) Ah I l'outrage ordinaire et facile!
BOURSOUFLE
Mais c'est exprès. Il vous convient. Simple et frugal, Je suis plus élégant quand j'outrage un égal.
Élégant! vous! avec cet air, qui vous empèse, De gros évèque avant mangé son diocèse, De hanneton ventru, de bedaud fatigué!
BOURSOUFLE
Fatigué! C'est ce qu'on va voir, petit muguet! Voici suffisamment que je piaffe et renifle, Je me retiens de vous donner une mornifle; Encore un mot, monsieur, et vous aurez ma main Au visage. Sauteur, bourdon falot, gamin !
ANNETTE
Ah ! mon Dieu, que va-t-il se passer?
BRÉCY.
Rien de grave.
Le baron fait le paon, mais le paon n'est pas brave.
BOURSOUFLE
Mordieu ! nous allons voir!
lucinde, s' avançant et arrêtant Boursoufle. Non, nous ne verrons rien !
BOURSOUFLE
Madame ! qu'est-ce à dire?
LUCINDE
Eh! oui, c'est un moyen Tort adroit, j'en conviens, pour que demain Ton dise : foursoufle vient d'avoir un duel pour Cydalise, ït vous vouliez la compromettre. Mais tout doux. Ceci n'est pas de jeu.
De quoi vous mêlez-vous?
LUCINDE
Aj reste, il suffit bien. Ce débat scandalise !
ANNETTE
Oii. C'est vrai. C'en est trop ! Ceci me martyrise. Jt ne peux pas souffrir que l'on s'exalte ainsi.
LUCINDE
Use fait tard. Rentrons.
(A Annette.)
Viens donc. Venez, Brécy.
corysandre, enfin énergique, à Boursoufle . Ristaud!
(Elle sort.)