SCÈNE II
Les Mêmes, entre HENRIETTE au bras de PHILIPPE, enti BERTRAND par la porte de droite.
maggie, à Bertrand.
Ah! monsieur Bertrand! je suis contente de vous voir: Chère Henriette, je vous avertis que je donne une grande fêtde charité dans l'hôtel. C'est dans quinze jours. Je vous retien comme vendeuse.
PHILIPPE
Une fête de charité, à quel propos?
Pour l'anniversaire de Monseigneur.
HENRIETTE
Ah! le roi s'est fait inscrire parmi vos pauvres?
MAGGIE
C'est une manifestation mondaine. Monsieur Bertrand m'a rès bien expliqué. Ce qui manque au duc, ce n'est pas le >euple. Le peuple veut le roi, n'est-ce pas, monsieur Bertrand? 1 veut le roi, le peuple?
BERTRAND
Mon Dieu, madame... Oui... 11 veut... sans vouloir... Il eut obscurément... Il veut bien... voi!à!
t >us.
Voilà!
Bertrand, sentencieux .
C'est notre noblesse qui manque d'enthousiasme.
MAGGIE
Il faut secouer la noblesse.
BERTRAND
Les électeurs sont bons. Ce sont nos candidats qui sont mous. 1s n'ont pas la foi. Le feu sacré charbonne. On se rallie. Tout î monde se rallie. C'est d'un effet déplorable. La foi monarhique s'en va. Les lys sont pourtant à la mode.
J'ai pensé qu'il n'y a qu'un moyen pour le roi d'arriver. C'est 'arriver par les femmes.
Oh! Maggie!
BERTRAND
Mais, cher ami, la marquise a raison. Ce ne serait pas la première fois que les femmes auraient sauvé le trône. Quand lej roi aura pour lui les femmes, la France l'adoptera, ne fût-ce | que par galanterie.
PHILIPPE
Une vente de charité, c'est un peu usé; il faudrait trouver une attraction plus nouvelle, un pétard, un clou!
GASTON
Un clou poivré.
BERTRAND
Un clou de girolle.
TOUS
Charmant !
HENRIETTE
J'ai trouvé... Oh! c'est audacieux!
TOUS
Tant mieux.
HENRIETTE
Audacieux, mais très parisien. Il n'y a qu'une de nous capa ble de l'oser : c'est notre chère Maggie. Sa situation, sa beauté même son origine étrangère feront tout admettre.
MAGGIE
Qu'est-ce? c'est un rôle?
Oui. Le Coucher d'une Parisienne.
GASTON
Ah! c'est trop. Chère amie, méfiez-vous de ma femme!
MAGGIE
Non, j'accepte.
Consultez l'arbitre.
C'est trop.
Maggie, vraiment!
BERTRAND
PHILIPPE
BERTRAND
N'oublions pas qu'on nous accuse, nous autres royalistes, de ne pas conspirer sérieusement. Je crains que le Covcherd'vne Parisienne ne soit jugé un peu libre.
HENRIETTE
Puisque ce sera pour le roi. Laissez donc faire la marquise. Est-ce que je le lui conseillerais si je ne savais quel triomphe l'attend ?
GASTON
Alors, pourquoi ne le tentez-vous pas vous-même?
Ob ! je ne suis pas faite comme notre chère marquise.
MAGGIE
C'est décidé!
PHILIPPE
Mais !
MAGGIE
C'est décidé... Puisque vous croyez que moi seule...
HENRIETTE
Ob ! oui, vous seule, ma toute belle, vous seule.
MAGGIE
Ce sera donc moi. Je ne modifierai qu'un peu votre idée, my
darling. Oui. Au lieu du Coucher d'une Parisienne, qui serait un peu shoking, un peu bien déshabillé...
HENRIETTE
C'est pour le roi !
MAGGIE
Justement Je connais l'histoire de France.
Bertrand, lui baisant la main.
Merci pour elle.
MAGGIE
Puisque c'est pour le roi je ferai le petit lever de la Dubarry. Ce sera plus galant, et, je pense, dans le sens élégant du mot, plus français.
Et même plus royaliste, madame.
MAGGIE
Mais qu'avez-vous, ma chère? La façon dont j'adopte votre idée semble vous chagriner. Vous avez l'air déçu.
HENRIETTE
Mon idée première était plus piquante.