SCÈNE IV PHILIPPE, BERTRAND, puis CHANTEPOIZE
PHILIPPE
Qu'est-ce qu'il y a?
Bertrand, mystérieusement.
Gare aux francs-maçons.
PHILIPPE
Je crois savoir qu'il n'y en a pas.
BERTRAND
Je ne vous ai pas exposé le point essentiel du complot ; voici : l'enlèvement du Président de la République doit se faire rapidement...
PHILIPPE
Ah! vous enlevez le Président?
BERTRAND
Vous ne le saviez pas?
PHILIPPE
Non... mais ça ne fait rien... C'est gentil ça... on enlève le Président...
Le3 circonstances sont exceptionnellement graves. On nous accuse nous autres royalistes de ne pas conspirer sérieusement.
PHILIPPE
Oh! mais moi je marche, je vous l'ai dit, je ferai ce qu'on voudra.
BERTRAND
Voici... Vous stationnerez derrière l'hippodrome d'Auteuil avec un cheval.
PHILIPPE
Pardon... Ètes-vous bien sûr de l'armée r
BERTRAND
Nous avons pour nous toute la cavalerie, et d'ailleurs le vicomte de Ghantepoize. (Chantepoize paraît.) Tenez, le voici. (Chantepoize et Philippe se serrent la main.) Gare aux Fr. : M. :
PHILIPPE
Je crois savoir qu'il n'y en a pas.
Bertrand, continuant.
Entre la troisième et la quatrième course, des amis à nous vous apportent le Président de la République tout ficelé-
chantepoize, sans émettre de son.
Vive le Roi!
PHILIPPE
Qu'avez-vous, Chantepoize...? Que venez-vous de dire?
CHANTEPOIZE.
Je dis vive le Roi sans émettre de son parce qu'il y a du monde. (Chantepoize serre la main de Bertrand et celle de Philippe.)
PHILIPPE
Vous manifestez à la muette.
CHANTEPOIZE.
Oui, cher ami, je manifeste à la muette.
Bertrand, continuant.
... Le Président de la République tout ficelé. Vous le placez
au travers de votre selle, et vous filez. A trois kilomètres de
là vous trouverez, dans un automobile, une femme voilée. Nous
sommes sûrs du mécanicien. C'est un ancien page de Charles X.
Ii est un peu aveugle, maib il connaît très bien les routes. Eh bien, je crois que nous tenons enfin une conspiration sérieuse. (Chantepoize serre la main de Bertrand.)
PHILIPPE
Oui... évidemment...
BERTRAND
Vous n'avez pas l'air très emballé... Vous ne croyez pas au succès?
PHILIPPE
Non, ce n'est pas ça...
Alors?
PHILIPPE
Vous avez dit, n'est-ce pas... que l'enlèvement du Président doit se faire avant la quatrième course.
BERTRAND
Oui.
PHILIPPE
Oui, mais alors... il va se produire un tumulte énoime, et la quatrième course ne sera pas courue.
Bertrand, à Chantepoize.
Nous l'espérons bien.
PHILIPPE
Moi pas... j'ai un cheval qui court et j'espère qu'il va gagner... Si ça ne vous faisait rien... vous n'enlèveriez le Président qu'après la quatrième course.
BERTRAND
Ah! vous n'êtes pas f.érieux.
PHILIPPE
Je suis sérieux, mais j'ai un cheval qui court.
BERTRAND
Chut... on vient... Séparons-nous sans en avoir l'air...
PHILIPPE F.T CHANTEPOIZE.
Sans en avoir l'air.
[Ils sortent.)