Q ASTON
Ah! vous ne m'aimez pas.
Et vous m'aimez en égoïste.
GASTON
Non, je veux faire de vous une Parisienne.
MAGGIE
Est-ce pour moi ou pour vous que vous travaillez?
GASTON
Pour vous.
MAGGIE
Pour moi. Donc pour mon mari.
GASTON
Pour votre mari?
Oui, puisque c'est pourluiqueje devaisêtre une Parisienne. Pour lui!
Gaston, Ànévrloqué.
Pour lui? Ah ! mais non !
MAGGIE
Pour lui seul. Rappelez-vous. Vous m'avez promis de m'ai der.
g aston, même jeu.
J'ai promis... j'ai promis... {Exaspéré) Oui!... dans les commencements... mais maintenant, vous m'avez affolé!... Vous vous êtes promise. On n'accorde pas de pareils baisers, des baisers... aussi affolants... aussi irritants...
Pour mon mari. Pour devenir Parisienne. C'était pour mon mari.
GASTON
Alors, j'aurai tiré les marrons du feu?...
MAGGIE
Pour leur légitime propriétaire.
GASTON
Philippe! votre légitime propriétaire! Mais regardez-le donc ! Mais il ne sait pas seulement vous apprécier, Philippe! Il vous trompe Philippe. Oui! Je sais qu'il vous ■trompe! Il fait la cour à une femme mariée. On me l'a dit. On ne m'a pas dit son nom; sans doute quelque imbécile qui le mérite bien.,. Pourquoi riez-vous ?
MAGGIE
Pour rien.
GASTON
Et puis qu'est-ce qu'il a pour lui Philippe? Il est élégant? mais comme un cheval de carrosse, comme un carrossier anglais. Vous, au contraire, Maggie, vous êtes une petite jument arabe avec du feu, de l'œil, du nerf, du sang. Vous faite*
panache! C'est avec moi qu'il faut vous atteler, avec moi qui vous aime, car je tous aime, moi, je vous aime!
maggie, riant.
Vous parlez si drôlement d'amour.
GASTON
Oui. Philippe parlerait mieux. Ça lui vient des lèvres, pas du cœur. 11 ne vit que pour le chic, pour le décor, pour la parade. Philippe, mais c'est le Gotha relié en veau. Philippe, c'est...
MAGGIE
Philippe, c'est mon mari.
GASTON
Non! c'est le faux ! le vrai, c'est celui qui t'aime, qui te comprend et qui te veut, entends-tu, et qui t'aura. (// Venlace.)
Gaston !
GASTON
Qui t'aura !
MAGGIE
Gaston, il y a du monde.
GASTON
Ça m'est égal !
MAGGIE
Prenez garde, Gaston! Mon ami! Gaston! Si on venait! Si on nous surprenait ainsi, je serais perdue.
GASTON
Alors, dansons !
maggie, dansant, entraînée par Gaston.
Gaston, vous me faites mal, vous froissez ma robe.
Alors, demain, demain?
MAGG4E.
Mais vous n'êtes pas libre.
GASTON
Le reste du monde ne compte plus!...
MAGGIE
Je ne peux pas.
GASTON
Jure-moi que tu viendras demain. Jure, où je t'enlève sans avoir l'air de rien, en bostonnant par tous les salons. Je valse des escaliers jusqu'au vestibule, et du vestibule jusqu'à nia voiture. Nous visitons la chambre de Marie-Antoinette ce soir même.
Dear me! Dear me!
Jure! jure !
Oui, je jure !
Tu m'aimes?
Oui, je vous aime.
GASTON
MAGGIE
GASTON
Tutoie-moi. Dis-moi : Je t'aime.
MAGGIE
Je t'aime.
Pas comme ça, mieux ! Tu mens pour me faire lâcher prise.
MAGGIE
My god!... J'ai le tournement dans la tête.
GASTON
Dis-moi que tu m'aimes.
MAGGIE
Oui, je t'aime. Oui, Gaston. Oui, mon bien-aimé. Oui, mon adoré. Oui, tout ce que tu voudras, mais va-t'en!
GASTON
Pas avant que je t'aie embrassée, que je t'aie pris un baiser comme celui de tantôt.
MAGGIE
Non! non!
GASTON
Je veux!
MAGGIE
Non, non! finissez, c'est mal. Non, on peut venir. C'est mal. Philippe, dans la coulisse.
Gaston !
Ah! sapristi!