SCÈNE IV RAYMONDE, JEANNE
RAYMONDE
On prend le thé! hein? {Elle sonne.)
JEANNE
Tiens, ça, c'est rigolo.
Quoi donc?
JEANNE
Justement, je me disais : « Qu'est-ce qui me manque? »
C'était ça, du thé ! {A Giuseppe qui entre.) C'est pour le thé, Giuseppe.
GIUSEPPE
Ah! signera! du thé!... la température! Il fait une calori
RAYMONDE
Justement.
GIUSEPPE
Eh! citronnade... orangeade, granité!...
RAYMONDE
Du thé....
GIUSEPPE
Et s'il vient un signor de l'hôtel, il faut toujours la même consigne ?
RAYMONDE
Oui... pas de raseur.... Je me fie à vous, Giuseppe!...
GIUSEPPE
Oh! signera! Z'ai le flair.... {Il sort )
JEANNE. y'
Du thé! vive le thé! Nous allons prendre le thé.
Tufas une heureuse nature.
JEANNE
Je sais; c'est ce qu'il me dit toujours. Il dit que j'ai a happy nature.
RAYMONDE
Qui ça, il?
JEANNE
Eh bien, Harry! Harry Falvk'ay... mon flirt anglais.
RAYMOND E
Ah!... il trouve que tu as a happy nature?
JEANNE
Pourquoi prends-tu ce ton-là?
RAYMONDE
Je n'ai rien voulu te dire devant Fernand. Il te gronde a?- : sans cela, mais vraiment, tu devrais faire attention.
GiusEPPE, entrant^
Voilà le thé... il est bouillant.... Il vous rafraîchira beaucoup. {Il rit.)
RAYMONDE
Oui, merci.... [Sort Giuseppe.) Que faisiez-vous Tautre soir, à bavarder tous les deux, seuls, sur la terrasse?
Tu nous as vus?
RAYMONDE
Vous ne vous cachiez pas.
JEANNE
Si tu savais de quoi nous parlions... nous n'avons parlé que de toi.
RAYMONDE
En ce cas, je vous rapprochais bien.
JEANNE
Oh! pour quelques petits baisers de rien du tout.
RAYMONDE
Ah! vous vous embrassiez?
JEANNE
Je croyais que tu nous avais vus ?
RAYMONDE
Vous vous embrassiez.... C'est charmant.
JEANNE
Je le consolais.
RAYMONDE
Bonne àm\
JEANNE
Gir, s'il est a:nojreux de quelqu'un, ça n'est pas de moi, je
RAYMONDE
C est de moi, peut-être....
JEANNE
Eh bien, oui! c'est de toi.
RAY-MONDE
Hein?
JEANNE
îi n'a jamais osé te le dire, mais, à moi, il m a tout avoué.
RAYxMONDE.
Comment, tout avoué? Tout quoi?
JEANNE
Tout. Qu'il a beaucoup de chagrin.
RAYMONDE
Mais c'est un mensonge.
JEANNE
Que tu le fais souffrir énormément.
RAYMONDE
Par exemple !
JEANNE
Et même si, l'autre soir, j'ai fait une promenade en barque, la nuit, avec lui, c'est uniquement parce qu'il a un gros béguin pour toi et qu'il est très malheureux.
Ça!
JEANNE
J'ai beau lui dire qu'il n'y a rien à faire avec toi, il pleure.,.. Ça m'attendrit.... Alors, je l'embrasse... je fais ce que je peux. Il t'aime tant!
RAYMONDE
Ça, c'est trop fort!
JEANNE
Tu ne peux pas te fâcher, puisque c'est par moi que tu l'apprends.
RAYMONDE
Vous VOUS promenez en barque la nuit pour parler de moi?
JEANNE
Qu'est-ce que tu risques?
RAYMONDE
Je te trouve inouïe d'écouter de pareilles confidences et folle d'y croire! Il m'aime! D'abord, s'il m'aimait, il me l'aurait dit à moi.
JEANNE
Non. En Angleterre, on ne dit jamais à une femme qu'on l'aime, mais on raconte tout à une amie.
RAYMONDE
C'est du propre !
C'est l'Angleterre ! Puis, moi, je parle anglais, toi pas, et, en français, il s'embrouille.... Oh! il n'y a rien entre nous, c'est du flirt anglais, ça va très loin, mais ça s'arrête là.
RAYMONDE
C'est encore heureux!
JEANNE
Il est beau, tu sais! Il a un torse merveilleux et une peau fine quand on l'embrasse.
RAYMONDE
En voilà assez!
JEANNE
Quoi?
RAYMONDE
Tvi as une conduite... tu emploies des termes : son torse... sa peau maintenant, c'est un scandale. {Elle va sonner.)
JEANNE
Ce que tu es peu femme du monde.
RAYMONDE
Une femme du monde, ma pauvre petite.... {A la femme de chamb)^ qui entre,) Mon ombrelle!
LA FEMME DE CHAMBRE
Madame sort? Madame ne veut pas un chapeau?
Mon ombrelle. {Sort la femme de chambre.) Une femme du monde ne se permettrait pas....
JEANNE
Oh! non, n'en jette plus! Ça t'ennuie que j'embrasse Harry. je ne l'embrasserai plus.
RAYMONDE
Mais ce n'est pas ça qui m'ennuie....
JEANNE
Alors, qu'est-ce qui t'ennuie?
RAYMONDE
Alors, tu ne comprends pas.... {A la femme xle chambre qui apporte l'ombrelle.) Merci. Alors, tu ne comprends pas qu'une femme dans ta situation.... {Elles sortent par la véranda.)