‹ ThéatreChapitre 45 sur 78 · SCÈNE IV RAYMONDE, JEANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV RAYMONDE, JEANNE

RAYMONDE

On prend le thé! hein? {Elle sonne.)

JEANNE

Tiens, ça, c'est rigolo.

Quoi donc?

JEANNE

Justement, je me disais : « Qu'est-ce qui me manque? »

C'était ça, du thé ! {A Giuseppe qui entre.) C'est pour le thé, Giuseppe.

GIUSEPPE

Ah! signera! du thé!... la température! Il fait une calori

RAYMONDE

Justement.

GIUSEPPE

Eh! citronnade... orangeade, granité!...

RAYMONDE

Du thé....

GIUSEPPE

Et s'il vient un signor de l'hôtel, il faut toujours la même consigne ?

RAYMONDE

Oui... pas de raseur.... Je me fie à vous, Giuseppe!...

GIUSEPPE

Oh! signera! Z'ai le flair.... {Il sort )

JEANNE. y'

Du thé! vive le thé! Nous allons prendre le thé.

Tufas une heureuse nature.

JEANNE

Je sais; c'est ce qu'il me dit toujours. Il dit que j'ai a happy nature.

RAYMONDE

Qui ça, il?

JEANNE

Eh bien, Harry! Harry Falvk'ay... mon flirt anglais.

RAYMOND E

Ah!... il trouve que tu as a happy nature?

JEANNE

Pourquoi prends-tu ce ton-là?

RAYMONDE

Je n'ai rien voulu te dire devant Fernand. Il te gronde a?- : sans cela, mais vraiment, tu devrais faire attention.

GiusEPPE, entrant^

Voilà le thé... il est bouillant.... Il vous rafraîchira beaucoup. {Il rit.)

RAYMONDE

Oui, merci.... [Sort Giuseppe.) Que faisiez-vous Tautre soir, à bavarder tous les deux, seuls, sur la terrasse?

Tu nous as vus?

RAYMONDE

Vous ne vous cachiez pas.

JEANNE

Si tu savais de quoi nous parlions... nous n'avons parlé que de toi.

RAYMONDE

En ce cas, je vous rapprochais bien.

JEANNE

Oh! pour quelques petits baisers de rien du tout.

RAYMONDE

Ah! vous vous embrassiez?

JEANNE

Je croyais que tu nous avais vus ?

RAYMONDE

Vous vous embrassiez.... C'est charmant.

JEANNE

Je le consolais.

RAYMONDE

Bonne àm\

JEANNE

Gir, s'il est a:nojreux de quelqu'un, ça n'est pas de moi, je

RAYMONDE

C est de moi, peut-être....

JEANNE

Eh bien, oui! c'est de toi.

RAY-MONDE

Hein?

JEANNE

îi n'a jamais osé te le dire, mais, à moi, il m a tout avoué.

RAYxMONDE.

Comment, tout avoué? Tout quoi?

JEANNE

Tout. Qu'il a beaucoup de chagrin.

RAYMONDE

Mais c'est un mensonge.

JEANNE

Que tu le fais souffrir énormément.

RAYMONDE

Par exemple !

JEANNE

Et même si, l'autre soir, j'ai fait une promenade en barque, la nuit, avec lui, c'est uniquement parce qu'il a un gros béguin pour toi et qu'il est très malheureux.

Ça!

JEANNE

J'ai beau lui dire qu'il n'y a rien à faire avec toi, il pleure.,.. Ça m'attendrit.... Alors, je l'embrasse... je fais ce que je peux. Il t'aime tant!

RAYMONDE

Ça, c'est trop fort!

JEANNE

Tu ne peux pas te fâcher, puisque c'est par moi que tu l'apprends.

RAYMONDE

Vous VOUS promenez en barque la nuit pour parler de moi?

JEANNE

Qu'est-ce que tu risques?

RAYMONDE

Je te trouve inouïe d'écouter de pareilles confidences et folle d'y croire! Il m'aime! D'abord, s'il m'aimait, il me l'aurait dit à moi.

JEANNE

Non. En Angleterre, on ne dit jamais à une femme qu'on l'aime, mais on raconte tout à une amie.

RAYMONDE

C'est du propre !

C'est l'Angleterre ! Puis, moi, je parle anglais, toi pas, et, en français, il s'embrouille.... Oh! il n'y a rien entre nous, c'est du flirt anglais, ça va très loin, mais ça s'arrête là.

RAYMONDE

C'est encore heureux!

JEANNE

Il est beau, tu sais! Il a un torse merveilleux et une peau fine quand on l'embrasse.

RAYMONDE

En voilà assez!

JEANNE

Quoi?

RAYMONDE

Tvi as une conduite... tu emploies des termes : son torse... sa peau maintenant, c'est un scandale. {Elle va sonner.)

JEANNE

Ce que tu es peu femme du monde.

RAYMONDE

Une femme du monde, ma pauvre petite.... {A la femme de chamb)^ qui entre,) Mon ombrelle!

LA FEMME DE CHAMBRE

Madame sort? Madame ne veut pas un chapeau?

Mon ombrelle. {Sort la femme de chambre.) Une femme du monde ne se permettrait pas....

JEANNE

Oh! non, n'en jette plus! Ça t'ennuie que j'embrasse Harry. je ne l'embrasserai plus.

RAYMONDE

Mais ce n'est pas ça qui m'ennuie....

JEANNE

Alors, qu'est-ce qui t'ennuie?

RAYMONDE

Alors, tu ne comprends pas.... {A la femme xle chambre qui apporte l'ombrelle.) Merci. Alors, tu ne comprends pas qu'une femme dans ta situation.... {Elles sortent par la véranda.)

Page 1