SCÈNE; II RAYMONDE, seule
RAYMONDE
L'ai-je ouvert de fois, ce tiroir depuis des mois ! Ses lettres.... Les lettres de Jacques !... Jacques ! Elles sont toutes là, ses lettres. Je n'ai jamais pu les déchirer! Un tissu de mensonges, d'ailleurs!... Des mensonges?... Non, il était sincère.... Enfin, sincère... oui, sincère... [ouvrant le tiroir. )Wtx\
a-t-il écrit, des lettres! Et moi donc!... Sa photographie... {Elle la regarde.) Il n'y a pas à dire, il avait des yeux étonnants! Il n'était pas beau, mais il avait des yeux étonnants !.. Et puis, une voix... il avait une jolie voix. ...Et puis il trouvait des mots... des mots tendres... des mots.... Mais quel sale caractère !... {Un iejnps, regardant la photographie.) Charmant garçon t... Son porte-cigarettes.... Oui, il avait oublié chez moi son porte-cigarettes. {Elle regarde le porte-cigarettes.) Il avait du goût... ses armes... beaucoup de goût.... Il fumait du tabac égyptien.... Ça sentait le miel, l'ambre, la paille.... J'avais horreur de ça !... je ne pouvais plus m'en passer. Il y a un mois, j'ai failli tomber parce que, dans la rue, quelqu'un fumait ce tabac-là... c'est effrayant!... L'amour, quelle horreur!... Oui... sa dernière lettre... tsss! Menteur! menteur! menteur ! M'a-t-il assez fait souffrir ! Et sans le faire exprès, c'est ça qui est impardonnable!... Ah! dans quel enfer j'ai vécu ! charmant garçon. {Elle ouvre le porte-cigarettes.) Il en reste trois... si j'en allumais une.... Je n'ai jamais osé... la pierre de touche.... Vaut mieux pas... c'est trop dangereux !... Les parfums et la musique .. les parfums surtout... les odeurs qu'on n'aimait pas et auxquelles on s'habitue... c'est terrible.... Pourtant, j'ai une envie folle de savoir si ce parfum, maintenant.... Non, décidément, non!... Je n'ai jamais fumé... ça pourrait me rendre malade.