RAYMONDE, D'ARBELLES
d'arbelles.
Ah ! chère amie. Je désespérais de vous voir. Il y a deux mois que je cherche à vous rencontrer..., M'avez-vous condamné votre porte?... Vous allez bien?
RAYMONDE
Tiens I vous ayez l'air gai !
2'iS THÉÂTRE.
d'arbelles.
Le bonheur de vous voir.
RAYMO>DE.
Vous avez un autre air qu'il y a trois mois.
C'est ce que tout le monde me dit. Mais c'est vous qui êtes transformée.... Vous avez une mino... la mine d'une femme heureuse,
RAYMONDE
Le plaisir de votre visite.
d'arbelles.
Vous permettez que je vous regarde?
RAYMONDE
Je pense que vous n'êtes venu que pour ça.
, d'arbelles.
Vous avez un éclat... je ne m'attendais pas... vous avôî rajeuni.
RAYMONDE
Vous allez devenir grossier.... Asseyez-vous donc.
d'arbelles.
Merci.
RAYMONDE
Vous fumez, n'est-ce pas !
d'arbelles.
Une cheminée! Mais je ne veux pas.
RAYMONDE
Si je permets. {Voyant que D'Arbelles tire son porte-ciga rettes.) Non, cette cigarette. {Elle lui offre une cigarette dans l'étui de Jacques.)
d'arbellivs.
Oh ! pardon ! {Il prend la cigarette.) C'est du tabac égyptien. J'ai horreur de ça. Je fume du caporal. Alors, si vous permettez....
RAYMONDE
Non. J'ai horreur du caporal.
d'arbelles.
Ah ! bon. [Elle lui offre du feu.) Oh ! pardon...
RAYMONDE
Voulez-vous me souffler un peu de fumée ?
d'arbelles.
C'est sérieux?
RAYMONDE
Je vous en prie. Merci 1 {A part.) Ça ne me fait plus rien du tout:
d'arbelles.
Faut-il continuer à vous souffler de la fumée ?
RAYMONDE
Non. Vous pouvez même jeter votre cigarette. (^1 part.) C'est curieux à quel point ça ne me fait plus rien du tout.
d'arbelles.
Où y a-t-il un cendrier?
RAYMONDE
Jetez ça là.
d'arbelles.
Oui.... {Apercevant le porte-cigarettes au chiffre de Jacques.) Ah ! tiens!...
Quoi ? ^
d'arbelles.
Rien.
RAYMONDE
Si. Vous avez dit : Tiens!...
d'arbelles.
Non, non.
T. III. 4i
RAYMONDE
Pourquoi dites-vous : non, non. Vous avez dit.... {Regardant le "porte-cigarettes.) Ah !
d'arbelles.
Je vous demande pardon, mais j'avais reconnu ..
RAYMONDE
Oui.
d'arbelles, il prend machinalement le porte-cigarettes. Pardon.
{Il le remet.)
RAYMONDE
Oh ! vous pouvez le regarder. Il reste trois cigarettes.
d'arbelles.
Deux.
RAYMONDE
Avec celle que vous avez fumée, ça faisait trois.
Ah ! oui.
RAYMONDE
Il y a longtemps que vous l'avez' vu ?
d'arbelles.
Je l'ai rencontré avant-hier.
Il va bien?
Merci.
Il était seul ?
Mon Dieu...
RAYMONDE
d'arbelles.
RAYMONDE
d arbelles.
RAYMONDE
Oh ! vous avez pu voir à quel point, quand vous m avez soufflé de la fumée de sa cigarette...
d'arbelles.
C'était donc pour voir si....
RAYMONDE
Evidemment.... Ça ne m'a produit aucun effet.... C'est même extraordinaire. Enfin.... Avec quï^ était-il?
d'arbelles.
Avec Mme Jardin-Dulac.
RAYMONDE
Connais pas. C'est une cocotte?
d'arbelles.
Jamais de la vie ! C'est une femme du monde.
RAYMONDE
Une femme dans le monde ? Et elle est jolie ?
d'arbelles.
Très agréable.
RAYMONDE
Grande? Petite?- Spirituelle? Bête? II faut vous arracher tous les mots.
d'arbelles.
Elle a du bagout et elle est grande.
RAYilONDE.
Plus grande que moi?
d'arbelles.
Certainement.
RAYMONDE
C'est trop grand pour une femme.... Elle est blonde ?
d'arbelles .
Elle l'est devenue.
RAYMONDE
Grande... teinte.... Il y en a des centaines. C'est sa maîtresse ?
d'arbelles.
On le dit.
RAYMONDE
Où les avez-vous rencontrés? Parlez donc un peu !
d'arbeIles.
Aux Variétés. Ils se cachaient tous les deux au fond d'une baignoire grillée.
RAYMONDE
Grillée? Comment avez-vous fait pour les voir?
d'arbelles.
J'étais avec eux.
RAYMONDE
Ah 1 bon.
d'arbelles.
Oui.
RAYMONDE
Vous êtes donc aussi Tami de Mme Jardin-Dulac?
d'arbelles.
Son mari est un camarade de cercle.
RAYMONDE
Et Jacques est amoureux d'elle ? Est-ce qu'il l'embrassait ?
d'arbelles.
Pas devant moi.
Je me demande ce que vous faisiez dans tout ça.
d'arbelles.
Je les avais invités.
RAYMONDE
Il y a deux mois, vous m'auriez dit ça, je ne sais pas ce que je vous aurais fait.
d'arbelles.
Il y a deux mois, je ne vous l'aurais pas dit.
RAYMONDE
Et maintenant, ça m'est égal.... Il y a combien de temps qu'ils sont ensemble?
d'arbelles.
Quinze jours.
RAYMONDE
Quinze jours... et il y a deux mois que.... Enfin.... Il n'a pas perdu son temps.
d'arbelles.
Vous, vous en êtes encore un peu jalouse.
RAYMONDE
Oh! Dieu merci, non! D'abord je ne l'aime plus.
d'arbelles.
La jalousie tue l'amour et lui survit.
C'est de vous, ça?
d'arbelles.
Non, c'est de Larochefoucauld. Mais c'est vrai tout de même.
RAYMONDE
Oui, c'est vrai.... Oh! plus à présent.... A présent, c'est fini.... Voulez-vous une tasse de thé ?
(Elle sonne.) d'arbelles.
Je ne vous ennuie pas?
RAYMONDE
Je suis très contente de causer Avec vous. (A Julie.) Le thé.
d'arbelles.
Vous êtes réellement... très en beauté.
RAYMONDE
Non. Ne vous croyez pas obligé, parce que je vous ai dit que je n'aimais plus Jacques...
d'arbelles.
Oh ! je disais ça sans arrière-pensée.
RAYMONDE
Vous n'êtes pas poli.
d'arbelles.
Ce que vous êtes coquette !
{Julie apporte le thé.)
Deux morceaux?
d'arbelles.
Deux. Merci.
RAYMONDE
C'est drôle, la vie. Vous vous rappelez? C'est par vous que j'ai connu Jacques.
d'arbelles.
Si, je me rappelle. Il y a quatre ans, à Puteaux.
RAYMONDE
Oui, à Puteaux.
d'arbelles.
Un vendredi.
RAYMONDE
Vous VOUS rappelez ça?
d'arbelles.
Vendredi 21 avril.
RAYMONDE
Vous avez une mémoire fantastique.
d'arbelles.
Je n'ai aucune mémoire, mais c'est une date pour moi.
RAYMONDE
Pourquoi, une date?
d'arbelles.
Parce qu'à ce moment-là, j'étais bien plus amoureux que Jacques.
RAYMONDE
Vous !...
d'arbelles.
Mais oui, moi. Vous ne vous en êtes pas aperçue. Mais je vous assure que j'étais malheureux, ce jour-là !
RAYMONDE
Quelle blague !
d'arbelles.
J'aurais bien voulu que ce fût une blague !
RAYMONDE
Non, mais votre parole d'honneur?
d'arbelles.
Ma parole d'honneur.
RAYMONDE
C'est peut-être vrai, après tout. Mon pauvre ami I {le regardant avec curiosité)^ ']e ne vous avais jamais vu sous ce jour-là.
d'arbelles.
On ne me connaît pas.
RAYMONDE
Je me rappelle, en effet que ce iour-là vous étiez maussade.
d'arbelles.
Tiens? Vous aviez remarqué que j'étais maussade?
RAYMONDE
Oui, maintenant que vous me dites tout. A ce moment-là, je croyais que c'était votre caractère.
d'arbelles.
Je vous remercie.
RAYMONDE, le regardant avec sympathie.
C'est drôle.... Mais alors, pourquoi m'avoir présenté Jacques?
d'arbelles.
Justement à cause de cela.... J'étais seul avec vous, nous causions.... Et je n'avais qu'une idée : la suivre, car je la
voyais filer sous les arbres, avec un ami de son mari. Alors, comme Jacques....
RAYMONDE
Gomment, vous la voyiez filer? Qui ça.
d'arbelles.
Eh bien ! la femme dont j'étais amoureux.
RAYMONDE
Vous n'étiez donc pas amoureux de moi ? i
d'arbelles.
De vous? Non.
RAYMONDE
Eh bien, vous êtes franc, vous, au moins !
d'arbelles.
Vous aviez cru, à ce moment-là, que j'étais amoureux de vous ?
raymonde.
Je n'ai jamais cru ça.
Ah! j'avais compris....
RAYMONDE
Vous n'êtes qu'un fat !. ..
d'arbelles.
Qu'est-ce que vous avez? Vous avez l'air vexé.
RAYMONDE
Vexée? Moi? Vous êtes complètement fou.... Un biscuit?
d'arbelles.
Je veux bien....
RAYMONDE
Alors vous êtes capable d'une passion, vous?
d'arbelles.
Je n'en ai pas l'air?
RAYMONDE
Je ne dis pas que vous n'en avez pas l'air. Mais ça ne doit pas durer longtemps. Vos liaisons sont plutôt fugitives.
d'arbelles.
Un homme passionné aime souvent, une femme passionnée aime longtemps.
RAYMONDE
Voilà bien un mot d'homme. C'est assez commode. L'amour, la plupart d'entre vous ne savent même pas ce que c'est.
d'arbelles.
J'ai passé ma vie à savoir ce que c'est. Ah! oui, ce que j'ai aimé souvent !
RAYMONDE
Souvent ! — c'est admirable ! Et vous étiez jaloux ?
d'arbelles.
Un fauve.
RAYMONDE
C'est horrible, d'être jaloux... [d'Arbelles prend un biscuit). Ils sont bons, n'est-ce pas ?
d'arbelles.
Ils sont délicieux.
RAYMONDE
C'est horrible, d'être jaloux. Moi, je n'ai pas vécu, vous savez. Pendant quatre ans, je n'ai pas vécu.
d'arbelles.
J'ai connu ça pendant dix mois.
RAYMONDE
C'est peu.
d'arbelles.
Ça sulfit.
RAYMONDE
Ah ! oui, ça suffit ! Est-ce que ça se voyait, que j'étais jalouse ?
d'arbelles.
Non.
R.^YMONDE.
J'étais épouvantablement jalouse. Devant le monde, j'affec-
tais de l'indifférence, une mine souriante... même quand il était là.... Mais à la fin je ne pouvais plus dîner en ville avec lui. Il me semblait toujours qu'il faisait de l'œil aux autres femmes. Oh ! 'd'ailleurs, lui, c'est bien simple. A table, quand il regarde une carafe, il a l'air de lui faire de l'œil. Ah ! oui, les dîners en ville, c'était intolérable, quand il était là.
d'arbelles.
Et quand il n'était pas là?
RAYMONDE
C'était encore pis. Car je songeais: Qu'est-ce qu'il fait en ce moment-ci? Qu'est-ce qu'il fait?iMais je suis bête de vous raconter ça....
d'AR BELLES.
Oh ! voyons!... ^
RAYMÔNDE.
Vous dites : « Oh! voyons! » comme ça, mais vous ne comprenez pas.
d'aRB ELLES.
Si.
RAYMONDE
Tenez ! le matin, je ne pouvais plus supporter qu'il montât à cheval au Bois. Je me disais : les femmes vont le regarder. Ça me rendait folle.
d'arbelles. *
Oui.
Vous dites « oui », comme ça, mais vous ne comprenez pas.
d'arbelles.
Mais si.
RAYMONDE
Mais non! Vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez, pas que quand il était à cheval, vous entendez, sur son cheval, et qu'il était content d'être à cheval et de sentir le soleil lui chauffer les reins, eh bien, vous ne comprenez pas ce que je pouvais ressentir de jalousie à cause de cela.
d'arbelles.
Vous n'étiez pas jalouse du soleil ?
RAYMONDE
Si. Tenez, un jour... un jour.... J'en ris maintenant, mais c'était atroce.... Un jour — j'avais à ce moment-là un phaéton que je conduisais moi-même avec une petite jument.
d'àrbelles.
Je me souviens.
R.WMOXDE.
Un jour, je vois Jacques dans l'allée des Poteaux. Je lui avais défendu l'allée des Poteaux.... Eh bien, il était dans l'allée des Poteaux.... Brusquement, je le vois traverser et je perçois nettement qu'il traversait pour rejoindre une femme, une femme qui avait une jupe blanche... une jupe blanche qui se balançait....
d'àrbelles.
Oui. j
Vous dites a oui » comme ça, vous ne comprenez rien.
d'àrbelles.
Écoutez, ma chère amie, comment voulez-vous que je dise : oui ?
RAYMONDE
Misérable !
d'àrbelles, sursautant.
Comment?...
r.avmonde.
C'est mon histoire que je continue. Ah ! le misérable ! le misérable! c'était donc pour cette femme, pour cette jupe blanche, qu'il prenait l'allée des Poteaux.... Je frappe à tour de bras sur la jument qui file... mais qui file.... Tout le monde me regardait, mais ça m'était bien égal !... Je frappais tout de même et je souffrais... je :S0uffrais.... Misérable!... Encore un biscuit?
d'àrbelles.
Non, merci.
RAYMONDE
Mais voilà que plus j'allais, et j'allais, je vous en réponds ! plus je m'apercevais que la jupe blanche n'était qu'un morceau de papier qui se balançait au vent, un inepte morceau de papier blanc. Vous comprenez que, dès que j'ai vu ça, j'ai tout fait pour arrêter ma jument. Plus moyen. Elle était emballée. Je tirais sur les rênes, je tirais sur les rênes ! Horrible ! Jacques me voyait arriver. Il ne bronchait pas. Il souriait, le monstre. Il avait compris. Et arrivée tout près de lui, la gorge sèche, verte d'émotion, la jument enfin maîtrisée, j'ai dit à Jacques, d'une voix râlante : Tiens ! vous étiez là, mon ami?
Et qu'est-ce qu'il a fait, lui ?
RAYMONDE
Il a ri. Eh bien, vous [croyez que c'est une vie, ça?; C'est abominable, vous savez ! C'est abominable! |
d'arbelles.
Ma pauvre amie !
RAYMONDE
Et les ruses que j'inventais pour lui faire dire qui i) avait rencontré, où il avait été, ce qu'il avait fait. Et mes battements de cœur quand il arrivait trop tard à un rendez-vous, et mes arrêts au.cœùr quand il arrivait trop tôt.
d'arbelles.
Tiens! trop tôt.... Pourquoi? (
RAYMONDE
Comment, pourquoi? Parce que je me disais: C'est parce qu'il m'a trompée ce matin qu'il montre autant d'empressement... ou bien : c'est parce qu'il a un autre rendez-vous après le mien qu'il arrive ainsi en avance'. Alors, je le retenais jusqu'à neuf heures, pour lui faire manquer son dîner. Naturellement, je manquais le mien aussi. Je me suis brouillée avec le monde entier à cause de lui. Quel sale caractère il avait !
d'arbelles.
Évidemment.
RAYMONDE
Quelles heures j'ai passées!... Aussi, ma joie mainlenani d'être délivrée de tout ça î Mais, je respire, mon cher! J'existe!... La vie m'apparaît adorable, lumineuse, Mliverse, imprévue.... J'étais prisonnière, je vous assure.... Tout l'univers, c'était lui] Il me bouchait l'horizon... . Ah! ne plus aimer, quelle ivresse !... Et quelle joie aussi de se dire : je suis libre, libre.... Je peux flirter avec qui je voudrai, ça me sera complètement égal!... Quel est celui que je vais faire souffrir... à qui vais-je jeter le mouchoir? Je cherche, avec l'intention bien arrêtée de. ne pas trouver... ça non... mais je cherche... il se peut que je trouve.... Je n'y tiens pas... ah! non, je n'y tiens pas.... Si j'étais sur le point d'aimer de nouveau, je ferais ma malle ce soir et je partirais au bout du monde!... D'ailleurs c'est très simple : ma malle est faite. Je suis prête à partir!... Eh bien, tout de même, je cherche... et je suis disposée à flirter! Oh ! pas avec vous.... Je ne crois pas... mais enfin, on peut se présenter. On se brûlera, je vous préviens... pas moi, je suis ignifugée... mais enfin, on... {le regmxlant) dites donc: ça n'a pas l'air de vous^troubler beaucoup ce que je vous dis là?...
d'arbelles.
Non... je vous demande pardon... ça m'aurait bouleversé d'espoir à tout autre moment, mais maintenant....
RAYMONDE
Vraiment?... Et peut-on savoir pourquoi?
d'arbelles.
Parce que je suis exactement dans le même cas que vous. '
RAYMONDE
Ah!
d'arbelles.
Oui..
RAYMONDE, VeXGe.
Ah ! parfait...
d'arbelles.
Moi aussi, j'ai souffert atrocement.... J'ai souffert pondant dix mois....
RAYMONDE, raUleuse.
Dix mois!
d'arbelles.
Oui, dix mois. Moi aussi, j'ai été ce pantin pitoyable, dont la jalousie tirait les ficelles. Moi aussi, je partais en guerre, non pas contre des morceaux de papier blanc, mais c'était encore plus bête que ça!... Et moi aussi, maintenant, je goûte la félicité d'être délivré !... Moi aussi, je me dis : enfin, je n'aime plus... enfin, je 'suis libre, libre, libre!... Ah! oui, moi aussi, j'ai trop souffert.... Vous parlez d'heures terribles? Mais les miennes, les miennes! Les vôtres ne sont rien, à côté de celles-là. Seulement, vous ne comprenez pas!...
RAYMONDE
Ça, c'est trop fort!
d'arbelles.
Aussi je plains la pauvre femme qui, dans l'avenir, s'éprendra de moi. Ah ! la malheureuse! Ah ! je prévois tout ce qu'elle souffrira.
RAYMONDE
C'est peut-être beaucoup prévoir.
d'arbelles.
Vous êtes bien aimable... mais vous avez tort. Pour être aimé des femmes, il sufût de ne pas les aimer.
RAYMONDE
Ce sont les hommes qui disent ça. C'est le contraire qui est vrai.
Le contraire qui est vrai ? Ce sont^les femmes qui le disent. Quant à moi, je suis cuirassé, je vous en réponds. Cuirassé
contre toutes vos armes exquises et sournoises, mesdames. Contre les sourires prometteurs et qui trahissent, contre le ciel menteur des prunelles, contre les coquetteries inviteuses — et même [contre l'appel du printemps irrésistible. Cuirassé, Dieu merci !
RAYMONDE
Je ne vous donne pas huit jours pour être amoureux.
d'arbelles.
Ah ! grand Dieu !
RAYMONDE
Tout cela, c'est du dépit contre cette femme.
d'arbelles.
Du dépit! C'est moi qui l'ai quittée
RAYMONDE
Vous n'êtes pas galant.
d'arbelles.
Vous ne savez pas qui c'est.
RAYMONDE
Raison de plus.
Mais.,..
RAYMONDE
Non, je vous trouve inouï ! Comment, parce que vous êtes tombé sur une coquine....
d'arbelles.
Pardon.
RAYMONDE
Ou sur la pire des coquettes, parce que vous avez été déçu, bafoué, trompé....
d'arbelles.
Ah ! oui !
RAYMONDE
Enfin, ridicule !
Ah ! pardon
Mais