‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 28 sur 142 · LA MAISON DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

LA MAISON DE MOLIÈRE

En leur disant à tous, avec beaucoup d'honneur :

<f Soyez les bienvenus, messieurs, dans Elseneurl »

Les temps sont bien changés • et Molière, à cette heure,

Donne asile en sa grande et célèbre demeure

Aux maîtres du passé comme aux maîtres présents;

Aujourd'hui même elle est vieille de deux cents ans ;

Et dans cette maison, son œuvre, son idée.

Que plus que le Grand Roi son génie a fondée

Et qui pour la pensée humaine est un besoin.

Le rêveur, qui jadis, étendu dans le foin,

Peut-être méditait déjà I^ Misanthrope,

Ce soir, à tout Paris, à la France, à l'Europe,

Au monde, où ses chefs-d'œuvre en tous lieux sont connu

Peut dire avec orgueil : « Soyez les bienvenus! »

Deux cents ans! Songez-y... Quelle éclatante gloire Demeure intacte après deux siècles dans l'histoire? Presque aucune. Quel roi, quel césar, quel tribun Reste debout après deux siècles? Presque aucun. Le souvenir s'en va des gagneurs de batailles. Comme leurs fronts laurés s'usent sur les médailles ; La voix qui fit tomber les murs de Jéricho S'éteint dans l'avenir profond et sans écho ; L'herbe pousse en cachant la colonne abattue

Page 1