ACTE I, SCÈNE V. I
Que vous me condamniez, ainsi, sur l'apparence. Car, lorsque votre frère eut émigré de France, Ce que j'ai souffert, moi, dites, le savez- vous? Seule, sans vrais amis, veuve, et de quel époux! J'ai vécu de cadeaux et de dîners en ville. Je fus auprès des grands l'amie humble et servile, La pauvre protégée, et je le dis, mon dieu ! A peu près la servante... A l'hôtel Richelieu, On m'envoyait pour faire avancer le carrosse... Et j'étais jeune et belle, et... tenez! c'est atroce. Dans ces salons dorés, seule en mes noirs habits, On ne saura jamais quels dégoûts j'ai subis; Puis ce sont les bâtards qu'à mes soins on confie ; J'entre à la Cour... Encore une agréable viel Et cette Montespan dont m'outrageait l'orgueil, Et toujours ces regards baissés, toujours ce deuil. Toujours ce masque froid de dévote et de prude. C'est horrible! et quand j'ai, par un travail si rude, A force de sévère et patient devoir.
Moi qui voulais la paix, obtenu le pouvoir, Qiaand je me crois tranquille et respectée en somme. Un enfant que j'allais aimer, un tout jeune homme. Ignorant, qui la veille était à l'étranger. Prend une calomnie et vient pour m'outrager I
134 MADAME DE MAINTENOX.
Soit! Madame, j'ai tort, et tout vous justifie. A mon âge on n'a pas tant de philosophie... Pardon, pourtant, d'avoir durement refusé Ce que spontanément vous m'avez proposé ! Mais la foi qu'on opprime a la parole amèie.
Adieu donc !... Cependant, vous n'avez pas de mère, Pas de parents, d'amis, de conseil, ici-bas... Vous m'avez repoussée... Oh! je n'insiste pas... Mais, si quelque danger planait sur votre tête. Souvenez-vous de moi. Je serai toujours prête.
Bientôt je pars, Madame, avec tous les bannis. Pourtant je vous rends grâce.
Et moi, je vous bénis.
Elle sort.