‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 124 sur 159 · ACTE III, SCÈNE IV iSj · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV iSj

J'étais assis auprès du bivouac qui pétille,

Et songeais tristement, en sentant sa chaleur,

Que la lumière est belle et met la joie au cœur.

Soudain un homme vint, m'éloigna de la flamme

Du bivouac, et me dit : « Le Prince est un infâme;

Le Prince est un impur, un traitrc, un suborneur.

Contre la loi divine et celle de l'honneur.

Il a pris — nous serons bientôt sûrs de sa faute —

Le femme d'un des chefs, la femme de son hôte.

Or, si le Prince est tel que nous le soupçonnons.

Nous brisons la claymore et nous l'abandonnons.

Il pourra fuir, avec sa honte pour supplice.

Viens, Angus I nous allons surprendre sa complice ;

Elle confessera son crime à. tes genoux.

^L1is, viens ! car nos soldats te croiront mieux que nous ;

Ta bouche leur dira la vérité fatale,

Et tu seras témoin et juge du scandale. »

J'ai dit: « C'est bien !» et l'homme en ce lieu m'a mené.

Le Prince, si c'est vrai, doit être abandonné.

Malgré notre serment et son droit légitime.

Car le Vice est la fleur effroyable du Crime,

Et, comme les ruisseaux deviennent des torrents,

Tous les rois de plaisir finissent eu tyrans...

Me voici. Prouvez-moi que cette chose est vraie.

LoHg sileucc.

LORD FINGALL, avec un peu d'embarras. Angus, c'est trop souvent h tort que Ton s'efFraie...

Le Prince est innocent de toute trahison.

Vous ne l'avez pas vu sortir de la maison? Vous n'avez pas surpris de femme ici ?

LORD FINGALL.

Non, certe...

Le Prince est sous sa tente... et la maison déserte.

AXGUS.

Ah! je ne voudrais pas t'offenser, lord Fingall, Mais renonce à mentir; vraiment, tu mens trop mal. Quand un de nos sens dort, un autre sens s'éveille : Je n'y vois plus, milord, mais j'entends à merveille. Oui, j'entends le mensonge en ta voix hésiter, Et j'entends une femme, ici près, sangloter... Oui, là... j'entends ses pleurs tomber comme un orage,

MARIE, à part.

Oh! mon Dieu! jusqu'au bout, donnez-moi lecouragcl

GQRDON DE GLENCOÉ, aitc hnpatieiue.

Quand on te dit, vieillard, que tout est terminé Et que le Prince était faussement soupçonné... Que nous soyons tombés sur quelque malheureuse, Ce n'est rien... On n'a pas l'âme si rigoureuse... Nul de nous n'a plus rien à voir dans tout ceci, Et nous partons ce soir avec l'armée. Ainsi, Viens avec nous au camp, où nous devons nous rendre.

ACTETII, SCèNE IV 185

Quelquenialheureuse !... Ah ! je commence à comprendre, Ht je vous reconnais bien là, chefs pleins d'orgueil. Vous voulez maintenant m'arracher de ce seuil, Où vous m'avez traîné cependant tout à l'heure. Parce qu'apparemment cette femme qui pleure N'est pas celle d'un chef, celle d'un d'entre vous. Et que vous n'avez plus rancune ni courroux. Q.u'un puissant par le fait d'un plus puissant pâtisse, 11 va quérir le peuple en demandant justice. S'agit-il seulement du peuple et de. son bien, On cherche à le distraire, en disant : « Ce n'est rien. » Je ne sortirai pas d'ici ; car l'on me trompe !

LORDFINGALL.

Mais, Angus,...

J'en suis sûr! Que le Prince corrompe Une femme de rien, cela vous est égal, A vous, les nobles chefs, à toi-même, Fingall! Mais si ce Prince, en qui le peuple se confie. Au dernier des soldats qui lui donne sa vie A fait un tel outrage, alors, c'est mon devoir Au peuple tout entier de le faire savoir; Car nous gardons aussi l'honneur de nos familles Nous aimons comme vous nos femmes et nos filles...- Nos filles!... J'ai la mienne, ange et présent de Dieu, Dont devant cette femme et dans ce mauvais lieu

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Le doux nom ne doit pas être prononcé même. Je sens en ce moment de quel amour je l'aime 1 C'est un père — qui sait ? — que l'on vient d'outrager. Puisque le peuple est pris pour juge, il veut juger! Parle, Fingall, dis-moi le nom de cette femme!

LORD FINGALL, à part.

Pauvre homme !

ANGUS

Il s'agit donc d'une action infâme, due vous ne m'osiez pas dire la vérité Et que vous profitiez de mon infirmité. Je veux savoir ce nom... Parle, toi, la coupable l Parle! Je ne suis pas un juge impitoyable; Car j'ai beaucoup souffert et j'ai beaucoup pleuré. Viens, cache dans mes bras ton front déshonoré! Viens, répands dans mon sein les larmes que tu verses ! Je sens que tu n'es pas de ces femmes perNcrscs Dont le honteux amour se pèse à poids d'argent. Et tes cruels sanglots me rendent indulgent. Viens, je l'ouvre mon cœur comme ferait un père, Pauvre femme! De toi je saurai, je l'espère, Si notre Ecosse était aveugle comme moi, Et nous l'empêcherons d'avoir un mauvais Roi. Dis-moi la vérité, ma pauvre malheureuse. Toute la vérité, toute! et, plus généreuse Q.ue ces chefs orgueilleux et que ces nobles lords. Sauve, par tes aveux, le peuple dont tu sorsl

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