‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 175 sur 214 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

LE BOURGEOIS MAIGRE, d'un ton roguc.

Gros tas de graisse!

Si vous souffrez la faim, c'est sans qu'il y paraisse. Cette bedaine-là dément vos sots discours. Moi, depuis le blocus, j'engraisse tous les jours.

LE BOURGEOIS GRAS

J'en suis sur, mon ami, nous n'avons plus de vivres.

Un chat, et tout petit, se vend jusqu'à deux livres,

Et le marchand le fait passer pour un lapin.

De plus, on a déjà rationné le pain.

Quel pain ! J'en voudrais bien connaître la formule

Et, pour le poids, on met dedans des fers de mule.

J'en ai perdu trois dents.

LE BOURGEOIS MAIGRE, avec impatience.

Percepied, mon ami, Tout en ira-t-il mieux, quand vous aurez gémi? Nous avons DuGuesclin chez nous. Laissons-le faire.

A Thibaud.

Ah ! c'est vous, sénéchal ! Tenez, videz ce verre De cervoise.

THIBAUD, vidant le gobelet.

Je bois à vos santés.

LE BOURGEOIS GRAS, à Thibaud.

Eh bien!

Le renfort qu'on attend vient-il?

THIBAUD

Je n'en sais rien.

LE BOURGEOIS GRAS

La place sera-t-elle enfin ravitaillée?

THIBAUD

Je n'en sais rien.

LE BOURGEOIS GRAS

Hélas !

LE BOURGEOIS MAIGRE, montrant le bourgeois gras.

Quelle poule mouillée !

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