‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 36 sur 214 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Connaît-il cette guerre infâme et notre haine'/ Sait-il qu'on nous a pris l'Alsace et la Lorraine, Que Metz et que Strasbourg ont dû courber leurs fronts Sous le joug allemand, et que nous en souffrons Gomme un soldat, pendant sa vieillesse attristée. Souffre encor dans sa jambe autrefois amputée? Sait-il que dans nos mains on a brisé le fer '! Et sait-il que son père est mort à Frœschwiller?

MARTHE

Oui. Mais il sait encore, et surtout, que je l'aime, Qu'il est toute ma vie et mon espoir suprême, Et, s'il fallait le perdre, enfin, que j'en mourrais.

DANIEL

Marthe !

MARTHE

Rappelez-vous le soir où je pleurais, Près de vous, au début de l'affreuse campagne, Lorsque cet officier, captif en Allemagne, M'envoya cette croix d'honneur de mon mari Et ces mots, par lesquels je sais qu'il a péri. Rappelez-vous! C'était une nuit de septembre ; M'agenouillant alors du coté de la chambre Où se trouvait le lit de mon fils endormi.

Ardemment j'ai prié devant vous, mon ami,

Disant : — Conservez-le, Seigneurplein d'indulgence,

Pour mon amour !

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